Homélie du Père Louison Emerick Bissila Mbila, C.S.Sp. — 27e dimanche du temps ordinaire, année A (4 octobre 2026)

Homélie du Père Louison Emerick Bissila Mbila, C.S.Sp. — 27e dimanche du temps ordinaire, année A (4 octobre 2026)

La déception de Dieu et l’appel à sortir de la logique de la convoitise

Père Louison Emerick Bissila Mbila, C.S.Sp.

Isaïe 5,1-7 ; Psaume 79 ; Philippiens 4,6-9 ; Matthieu 21,33-43.

Chers frères et sœurs,

1. Un mot peut à lui seul résumer ce qu’on trouve dans les textes de ce dimanche, notamment la première lecture et l’Évangile. Il s’agit du mot « déception ».

2. Dans la première lecture, il est question de la déception du Seigneur vis-à-vis de son peuple. Cette déception est décrite à travers la métaphore du maître et de sa vigne. Le propriétaire a pris tous les soins pour s’assurer qu’il y aura un bon résultat. Il a bien travaillé la terre. Il a sécurisé l’endroit en y mettant une tour de garde. À la fin, le produit est de mauvaise qualité. Les fruits ne sont pas ceux auxquels il s’attendait. Il est profondément déçu. La vigne, dit Isaïe, c’est le peuple de Dieu. Dieu a pris tous les soins possibles pour Juda. Seulement, les habitants de Juda l’ont déçu. Là où le Seigneur s’attendait au droit et à la justice, il voit l’iniquité et les cris de détresse. Le peuple ne pourra pas échapper au jugement, qui est la conséquence logique du choix qu’il a lui-même fait.

3. Regardons la situation de nos familles. Combien de parents ne constatent-ils pas que leurs efforts sont réduits à néant par le mauvais comportement de leurs enfants ? Ils se plient en quatre en espérant que leurs enfants produiront des fruits de sagesse et de bonne moralité. Malheureusement, ce qu’ils voient c’est l’abus de la drogue, l’alcoolisme, le vol, le libertinage sexuel, les mauvais résultats scolaires, etc. Ils sont donc déçus. Voilà une vigne, la famille, qui ne produit pas toujours ce qu’on attend d’elle. Oui, il est vrai que lorsqu’on regarde nos familles, il y a de quoi être déçu. Mais le premier déçu ce n’est pas nous, c’est le Seigneur. Malgré tout son amour pour nos familles, nous ne faisons pas toujours les efforts qu’il faut pour progresser dans la justice et le droit.

4. Dans l’Évangile, Jésus utilise une parabole sur la vigne. Il emploie une image familière pour ses auditeurs, puisque la vigne dans les Écritures renvoie à Israël. Comme dans le texte d’Isaïe, le propriétaire est également déçu. Cependant, dans l’Évangile la cause de la déception n’est pas la vigne mais ceux à qui elle a été confiée, c’est-à-dire les vignerons. La vigne a certainement produit des raisins de qualité mais les vignerons ne veulent pas livrer le produit au propriétaire.

La parabole employée par Jésus est couramment connue sous le nom de « la parabole des vignerons homicides » parce qu’ils avaient tué les serviteurs et le fils du propriétaire qui leur avaient été envoyés. Toutefois, à la base il y a d’abord la convoitise. Nous avons affaire à des vignerons remplis de convoitise. Ils veulent garder pour eux ce qui n’est pas à eux. Pour ce faire, ils sont prêts à utiliser tous les moyens : frapper, lapider et même tuer. Saint Jacques décrivait la logique de la convoitise en ces termes : « D’où viennent les guerres, d’où viennent les batailles parmi vous? N’est-ce pas précisément de vos passions, qui combattent dans vos membres ? Vous convoitez et ne possédez pas ? Alors vous tuez. Vous êtes jaloux et ne pouvez obtenir ? Alors vous bataillez et vous faites la guerre. » (Jc 4,1-2). Les vignerons de l’Évangile sont remplis de convoitise ; ils sont jaloux, voleurs et homicides.

La déception de Dieu ici est due au comportement des leaders du peuple : les grands prêtres et les pharisiens. Jésus parlait de manière voilée de ce qui lui arriverait. Car c’est lui le fils du propriétaire de la vigne, le Fils du Père, qui sera tué hors de la vigne. C’est lui la pierre rejetée par les bâtisseurs, qui deviendra la pierre angulaire. Les grands prêtres et les pharisiens, comme le dira Matthieu (21,45), avaient, eux, bien compris que Jésus les visait.

5. Retournons sur le cas de nos familles. Il y a aussi des situations où les bons fruits sont là mais ce sont les leaders qui ne montrent pas le bon exemple. On peut avoir le cas où les enfants s’efforcent de produire les fruits escomptés, des enfants en qui on peut retrouver le fruit de l’Esprit Saint présenté par saint Paul dans sa lettre aux Galates, à savoir « la charité, la joie, la paix, la longanimité, la serviabilité, la bonté, la confiance dans les autres, la douceur, la maîtrise de soi » (Ga 5,22-23), tandis que les parents se laissent guider par la convoitise, qui les conduit très loin dans le mal.

6. Maintenant posons-nous cette question : Que devons-nous faire pour que tout aille mieux pour nos familles et la société ? Je crois que le psaume responsorial et la deuxième lecture nous fournissent des points de repères pour avancer dans le bon chemin.

D’abord, le psaume qui fait bien le constat de l’état pitoyable de la vigne, nous indique la voie de la conversion. Reconnaissons nos fautes et nos péchés mais surtout notre incapacité, par nous-mêmes, à nous convertir. Voilà pourquoi le psalmiste demande l’aide de Dieu : « Fais-nous vivre et invoquer ton nom ! Dieu de l’univers, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés ! » Puissions-nous aussi adopter la même attitude que le psalmiste pour toutes les fois que nous nous sommes écartés du Seigneur dans notre témoignage en famille, dans l’Église et dans la société.

7. Ensuite, ne nous affolons pas. Ne devenons pas des prophètes de malheur ou des pessimistes qui voient le mal partout. Saint Paul nous recommande de vivre dans la quiétude et de prier. Dans l’agitation de ce monde, les paroles de l’Apôtre sonnent bien fort : « Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, dans l’action de grâce priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, gardera votre cœur et votre intelligence dans le Christ Jésus. » Ne soyons donc pas des personnes agitées mais prions avec l’action de grâce pour tous les bons fruits qui existent et avec la supplication pour que nous produisions tous des fruits de qualité en abondance.

8. Enfin, nous devons nous mettre au travail. Saint Paul nous demande de travailler avec discernement. Son conseil vaut particulièrement pour l’action de l’Église dans la société : « Tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le à votre compte ». En travaillant de cette manière, nous serons à mesure non seulement de faire l’expérience de la paix profonde en nous, mais le Seigneur ne sera jamais déçu de nous. Puisse l’Esprit Saint nous guider dans cette tâche afin que nous portions toujours plus de fruits pour la plus grande gloire de Dieu. Amen.

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