La culture Gen Z et quelques questions qui en découlent

La culture Gen Z et quelques questions qui en découlent

Sylvia Chidalu Muoka
Étudiante en 2e année, Faculté de droit, Université spiritaine de Nneochi, État d’Abia, Nigeria

Introduction

Commençons par situer le contexte de cette réflexion en nous référant à un article intéressant de Chinedu Nwadike et Rita Oluebube Agu consacré aux Gen Z, en lien avec l’usage de l’intelligence artificielle et la crise de l’intelligence humaine. Ce texte, publié par VoiceAfrique le 2 décembre 2025, affirme que la Gen Z (Génération Zoomer), « terme emprunté à la pratique de l’usage de Zoom, désigne les personnes nées entre 1997 et 2012. Cette génération a connu l’expansion massive d’Internet, gigantesque entrepôt d’informations, ainsi que l’essor vertigineux et la diffusion mondiale de diverses plateformes de réseaux sociaux… L’opinion courante sur les Gen Z est qu’ils sont plus enclins à avoir une très haute opinion d’eux-mêmes, plus rebelles aux normes traditionnelles, plus sensibles à la pression des pairs et à l’esprit grégaire, et plus exposés aux problèmes de santé mentale liés à l’usage des réseaux sociaux. » Chacun de ces points peut être discuté, mais la réalité parle d’elle-même.

Qui sont les Gen Z ? Frise des générations : la Gen Z est née entre 1997 et 2012

La culture Gen Z désigne la manière dont les jeunes de la tranche d’âge de la Gen Z pensent, parlent, s’habillent, communiquent, se comportent et entrent en relation avec les autres. Leur culture est influencée par diverses technologies, les réseaux sociaux, l’éducation, les tendances de la mode, la musique populaire et différentes nuances d’idées modernes sur la société et la vie. Bien que les Gen Z aient apporté de nombreux changements positifs à la société, certains aspects de leurs comportements suscitent des inquiétudes chez les générations plus âgées : ce sont là les questions qui en découlent.

Neuf questions découlant de la culture Gen Z

1. Le désintérêt pour la salutation

Une préoccupation notable concernant certains jeunes d’aujourd’hui est qu’ils ne considèrent plus la salutation comme une partie nécessaire de la vie quotidienne. Certains passent devant leurs aînés, leurs enseignants, leurs voisins ou d’autres personnes sans les saluer. D’autres saluent, mais en plein après-midi ils vous disent « Bonjour, ce matin » ou « Bonsoir », parce que leur esprit n’était même pas dans la salutation au point d’être conscients du moment de la journée. Certains peuvent être tellement absorbés par leur téléphone qu’ils ne remarquent plus le monde qui passe à côté d’eux.

Dans la culture nigériane, la salutation est un signe important de respect, de bonne éducation et de politesse. Les personnes âgées attendent souvent des plus jeunes qu’ils les saluent lorsqu’ils les rencontrent pour la première fois de la journée, par exemple le matin ou en arrivant dans un lieu. La salutation crée et renforce le lien entre jeunes et aînés. La traiter à la légère ne peut être que préjudiciable.

À l’inverse, certains Gen Z estiment que la salutation devrait relever d’un choix personnel plutôt que d’une obligation socioculturelle. Ils ne comprennent pas l’importance que les aînés attachent à la salutation. Cette différence de mentalité et d’attitude crée parfois des malentendus entre jeunes et aînés. Même si tous les jeunes ne se comportent pas ainsi, le déclin de l’importance accordée à la salutation chez les Gen Z suscite des inquiétudes quant à la préservation des valeurs traditionnelles.

2. Des façons différentes de voir le monde

Les aînés ont grandi dans une société où les traditions, le respect de l’autorité et les valeurs communautaires étaient fortement mis en avant. Beaucoup ont appris à obéir aux anciens sans les remettre en question. Les jeunes d’aujourd’hui, en revanche, sont davantage exposés à des idées et à des valeurs différentes, du fait de l’exposition précoce et plus large qu’offrent Internet, les réseaux sociaux et les échanges avec des personnes d’autres régions du monde. En conséquence, beaucoup sont plus disposés à interroger les croyances traditionnelles et à exprimer leurs opinions. Par exemple, un Gen Z aura tendance à attendre une explication avant d’accepter ou d’exécuter les instructions d’un aîné. Bien sûr, cela engendre parfois des tensions et des conflits.

Les Gen Z voient le monde différemment des générations précédentes parce qu’ils ont été élevés et vivent dans un monde différent. Cette différence ne signifie pas nécessairement qu’une génération est meilleure ou pire que l’autre. Elle montre seulement que les personnes développent des valeurs et des attitudes différentes selon leurs circonstances et leurs expériences, et que les différentes générations peuvent apprendre les unes des autres et entretenir des relations constructives.

3. L’influence des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans la culture Gen Z. Des plateformes comme TikTok, Instagram, Facebook et Snapchat influencent la manière dont les jeunes communiquent, s’habillent, apprennent et se divertissent. Les réseaux sociaux les aident à rester en lien avec leurs amis, à partager des idées, à découvrir des opportunités et à s’informer sur les événements du monde entier.

Cependant, un usage excessif des réseaux sociaux peut aussi entraîner distraction, comparaisons malsaines et diffusion d’informations trompeuses. Certains Gen Z se servent des réseaux sociaux pour publier des vidéos insignifiantes d’activités qui n’apportent vraiment rien à la vie de personne, mais ils le font quand même parce que « les autres le font ». Il y a aussi ce que Chinedu Nwadike, dans un texte publié par CSSp Africa News le 12 octobre 2026, appelle le « bug des réseaux sociaux » (SM bug), qui désigne un état de déclin des facultés cognitives humaines dû à un attachement excessif aux réseaux sociaux et aux appareils numériques qui servent à y accéder, ainsi qu’à la dépendance à l’intelligence artificielle pour des tâches mentales que le cerveau humain est capable d’accomplir sans IA.

4. La mauvaise orientation sociale

Il est courant de voir des Gen Z, grands consommateurs bavards de l’actualité des célébrités et experts des modèles d’iPhone, qui peuvent à peine citer le nom complet du vice-président de leur pays ou situer certains autres pays sur la carte de leur propre continent. La conscience politique et la participation à des actions sociales constructives leur semblent des fardeaux inutiles, alors qu’elles font partie des facteurs mêmes qui déterminent la qualité de leur avenir dans la société. Avoir une connaissance moyenne de l’histoire et de la manière dont les puissances étrangères manipulent les choses dans son propre pays leur paraît une distraction qui empêche de s’amuser. Lorsqu’un pays comme le Nigeria persiste dans la mauvaise direction et que la vie devient de plus en plus difficile pour des parents qui assurent la nourriture, la scolarité et le bien-être général de leurs enfants Gen Z, les raisons de cette triste situation nationale incluent le fait que beaucoup de Gen Z sont mal orientés dans leur hiérarchie des valeurs.

5. Le mauvais usage de l’intelligence artificielle

Les Gen Z sont entourés de technologie, et d’immenses quantités d’informations ont été mises numériquement à portée de main. Techniquement parlant, ils devraient être la génération la plus brillante ou, du moins, bien plus intelligente que la génération précédente, qui faisait ses études « manuellement », en fréquentant les bibliothèques et en lisant un bon nombre de livres physiques pour s’instruire et faire des recherches. L’intelligence artificielle est censée être un outil qui aide les gens à apprendre et à acquérir l’information plus rapidement, et à mener un certain nombre d’activités utiles dans la société ; mais beaucoup de Gen Z ont plutôt abdiqué leur réflexion au profit de l’IA. Certains étudiants paniquent désormais à l’idée de se servir de leur cerveau pour rédiger leurs devoirs ou leurs mémoires de licence. Ils préfèrent courir vers l’IA et faire de leur mieux pour effacer leurs traces lorsque son usage est sanctionné. C’est devenu une habitude inquiétante : de nombreux étudiants de dernière année paient pour faire rédiger leur mémoire par d’autres, avant de bafouiller d’un chapitre à l’autre lorsqu’ils sont appelés à la soutenance. Un travail paraît parfait en surface, mais il suffit d’une seule question sérieuse pour que tout s’effondre, provoquant parfois des larmes ou des mines défaites. « Je n’y arrive pas ; demandons à l’IA » et « Mon cerveau n’est pas assez vif » constituent désormais un état d’esprit chez les Gen Z. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’anxiété augmente chez les jeunes étudiants à l’approche des examens, au point que certains en ont de la fièvre.

Au lieu de développer leur intelligence humaine en relevant des défis cognitifs et académiques concrets, les Gen Z sont souvent enclins à devenir experts dans l’utilisation de ChatGPT, Claude AI, Grok et d’autres plateformes d’IA, jusqu’à rédiger un mémoire de fin d’études en 10 minutes. Résultat : une multitude de diplômes sans compétence !

L’IA doit aider l’intelligence humaine, non la remplacer

La voie à suivre consiste à positionner l’intelligence artificielle (IA) comme un outil au service de l’intelligence humaine (IH), plutôt que d’en faire un substitut. L’intelligence artificielle est là pour durer, bien sûr, et son mauvais usage ne signifie pas qu’il faille la rejeter. Il s’agit plutôt d’en faire un usage responsable ; malheureusement, c’est précisément là que beaucoup de Gen Z échouent sans même chercher à se relever.

6. La mode et l’habillement

Les Gen Z sont connus pour expérimenter différents styles vestimentaires, et beaucoup d’entre eux utilisent la mode pour exprimer leur personnalité, leur créativité et leur identité. Alors que la génération précédente préfère souvent les robes longues et les jupes, certains Gen Z préfèrent porter des crop tops, des pantalons amples, des jupes courtes, des joggings et d’autres styles qui mettent la pudeur de côté. Ils suivent les tendances, combinent différents styles et adoptent parfois des façons de s’habiller venues d’autres pays, vues sur les réseaux sociaux.

Si la mode permet aux jeunes de s’exprimer, les différences de codes vestimentaires provoquent parfois des désaccords entre les Gen Z et les aînés, qui considèrent la pudeur comme une valeur sociale importante.

7. L’usage de l’argot et des codes des réseaux sociaux

Les Gen Z utilisent souvent l’argot, des abréviations, des émojis et des expressions d’Internet lorsqu’ils communiquent entre eux et avec les aînés. Parmi les plus populaires figurent « no cap », « vibes », « Omo », « low-key », « cruise », « sapa », et des expressions grossières comme le mot en F ou le mot en A.

Ces expressions rendent la communication divertissante et aident les jeunes à se sentir en phase avec leurs pairs et à la page. Cependant, l’usage excessif de l’argot peut déformer la communication lorsque les Gen Z parlent avec les aînés. Un aîné peut comprendre de travers si la personne ne l’interrompt pas pour demander une clarification, ce qui peut être à la fois gênant et amusant.

8. Le désir d’indépendance

Beaucoup de Gen Z veulent être libres de prendre leurs propres décisions concernant leurs études, leur carrière, leurs relations et leur vie personnelle. Ils veulent explorer leurs centres d’intérêt et choisir leur propre voie. D’une certaine manière, ils l’exigent de la génération précédente. Les aînés, au contraire, insistent souvent davantage sur le respect des attentes familiales.

Même si l’indépendance peut favoriser la responsabilité et l’épanouissement personnel, il est important que les jeunes tiennent compte des bons conseils de leurs parents, de leurs enseignants et d’autres personnes expérimentées.

9. L’évolution du rapport à la tradition

Certains Gen Z remettent en question des pratiques et des croyances traditionnelles que les générations précédentes jugent importantes. Ils peuvent contester certaines coutumes parce qu’ils estiment que certaines traditions devraient déjà évoluer avec le temps. D’autres essaient de concilier les valeurs traditionnelles avec des modes de vie modernes.

Ces divergences créent parfois des désaccords au sein des familles et des communautés. Cependant, interroger une tradition ne signifie pas toujours la rejeter complètement. Parfois, c’est une tentative d’en comprendre le sens et de déterminer si elle est encore utile dans le monde moderne ou si elle devrait être remplacée.

Conclusion

La culture Gen Z est une caractéristique importante de la société moderne, au regard des changements dans la technologie, la communication, la mode, les croyances et les relations. Bien que les jeunes aient introduit des idées positives et de nouvelles façons de faire, certains de leurs comportements suscitent des inquiétudes. Ces questions ne doivent pas être passées sous silence, mais abordées dans l’intérêt du développement humain et du progrès social.

Relier les générations : ce que jeunes et aînés peuvent s’apporter

Les jeunes devraient apprendre à concilier les idées modernes avec les bonnes valeurs transmises par les générations précédentes. En même temps, les aînés devraient s’efforcer de comprendre les défis et les expériences particuliers que vivent les jeunes d’aujourd’hui. La meilleure société est celle où jeunes et aînés se respectent, apprennent les uns des autres et travaillent ensemble à bâtir un avenir meilleur.


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