Homélie du P. Ayeni Ayodele pour le 28e dimanche du temps ordinaire, année A – 11 octobre 2026

Homélie du P. Ayeni Ayodele pour le 28e dimanche du temps ordinaire, année A – 11 octobre 2026

Un « oui moral » à Dieu, notre tenue pour le ciel

Isaïe 25,6-10a ; Philippiens 4,12-14.19-20 ; Matthieu 22,1-14.

Chers frères et sœurs,

En lisant l’Évangile d’aujourd’hui, mon esprit reste fixé sur une question : comment un homme a-t-il pu entrer au festin des noces de Dieu sans vêtement de noce ? Cela veut-il dire que la sécurité de Dieu est poreuse et peut être contournée ? Pourtant, cet homme est finalement découvert et jeté dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Que se passe-t-il ici ? Le vêtement de noce est la clé pour comprendre l’Évangile d’aujourd’hui : Dieu invite chacun au salut, mais son invitation appelle une réponse authentique — un « oui moral » à Dieu.

Jésus adresse cette parabole aux grands prêtres et aux chefs religieux qui savaient que ses paraboles précédentes les visaient, mais qui refusaient de se repentir (Mt 21,45-46). Au lieu de renoncer à eux, Jésus leur raconte une autre parabole. Il y a déjà là une bonne nouvelle : Dieu ne renonce pas facilement aux pécheurs. Il continue de nous appeler à la conversion. Le roi prépare un festin de noces pour son fils et envoie ses serviteurs appeler ceux qui étaient déjà invités. Tout est prêt, mais ils refusent de venir. Certains ignorent l’invitation ; d’autres maltraitent et tuent les serviteurs du roi. Leur problème n’est pas de n’avoir jamais été invités ; leur problème est d’avoir rejeté l’invitation.

La parabole prend alors un tournant spectaculaire. Le roi dit : « Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les à la noce » (Mt 22,8-9). Les serviteurs sortent et rassemblent « tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons ». Nous voyons ici la portée universelle du salut de Dieu. Ce qui avait été promis à travers Israël trouve maintenant son accomplissement et son extension universelle dans le Christ. Isaïe l’annonçait déjà dans notre première lecture : Dieu prépare un festin « pour tous les peuples ». Le salut n’est la propriété privée d’aucune race, classe, nation ou élite religieuse. Dieu veut rassembler toute l’humanité à son festin.

On observe un mouvement intéressant dans le vocabulaire grec de Matthieu. Les premiers invités sont appelés τοὺς κεκλημένους (tous keklēmenous) — ceux qui ont été « appelés » ou « invités » (Mt 22,3). Plus loin, quand le roi entre dans la salle du festin, Matthieu parle de τοὺς ἀνακειμένους (tous anakeimenous) — ceux qui sont étendus ou assis à table (Mt 22,11). Le mouvement va du fait d’être invité au fait d’être effectivement à table. Mais être à table ne suffit pas. Quand le roi vient regarder les convives, il découvre un homme qui ne porte pas le vêtement de noce. La question n’est plus seulement de savoir si l’on a reçu l’invitation, mais ce que l’on en a fait.

Le vêtement de noce représente donc la réponse authentique à l’invitation de Dieu : la conversion, la justice, la foi, la charité et une vie cohérente avec l’Évangile. C’est notre « oui moral » à Dieu. Il est possible de dire « oui » des lèvres alors que notre vie dit « non ». Il est possible d’appartenir extérieurement à l’Église tout en résistant à la conversion intérieure. C’est pourquoi Jésus conclut : « Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. » L’invitation de Dieu est offerte gratuitement, mais elle exige une réponse. Comme le dit Paul ailleurs : « Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement, car c’est Dieu qui agit en vous » (Ph 2,12-13).

Mais voici quelque chose de très important : le vêtement de noce lui-même vient de Dieu. Isaïe dit : « Il m’a revêtu des VÊTEMENTS DU SALUT, il m’a couvert du MANTEAU DE LA JUSTICE » (Is 61,10). Dieu nous invite au festin, et Dieu fournit le vêtement ! Le salut n’est donc pas quelque chose que nous fabriquons par notre propre perfection morale. Il est d’abord et avant tout la grâce de Dieu. Notre « oui moral » n’achète pas le salut ; il est notre réponse libre au salut que Dieu offre gratuitement. Dieu donne l’invitation ; Dieu donne le vêtement ; à nous de dire « oui » et de le porter.

Cela nous aide à comprendre les paroles de Paul dans notre deuxième lecture : « Je peux tout en celui qui me donne la force. » La vie chrétienne ne repose pas sur nos seules forces. Le pécheur qui lutte pour changer, le chrétien qui s’efforce de rester fidèle, la personne qui tombe et se relève : tous dépendent de la grâce de Dieu. Paul nous assure donc : « Mon Dieu comblera tous vos besoins selon sa richesse, magnifiquement, dans le Christ Jésus. » Ce qui compte dans le salut, ce n’est pas de se vanter d’être plus saint que les autres, mais de reconnaître la grâce de Dieu à l’œuvre en nous.

L’Évangile d’aujourd’hui nous met donc en garde contre la tentation de restreindre l’invitation de Dieu. Les serviteurs « rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons ». Si Dieu jette si largement le filet du salut, qui sommes-nous pour en réduire la portée ? La mission de l’Église n’est pas de décider à l’avance qui mérite une invitation, mais d’annoncer que le festin est prêt. Le pécheur est invité. La personne en difficulté est invitée. Celui qui s’est éloigné est invité. Les bons et les mauvais sont invités. Mais chacun de ceux qui viennent est aussi invité à la conversion — à revêtir le vêtement de noce et à laisser la grâce de Dieu transformer sa vie.

Notre première lecture rassemble tout cela magnifiquement : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c’est lui le Seigneur, en lui nous espérions ; exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! » Le salut vient de Dieu. Aucun de nous n’est donc arrivé trop tard pour être sauvé. Nous ne devons ni désespérer à cause de notre indignité, ni nous enorgueillir de notre prétendue sainteté. Nous devons simplement accueillir le don de Dieu, faire confiance à sa grâce et laisser notre « oui » devenir visible dans notre manière de vivre.

Alors, quand le Roi viendra regarder les convives de son festin de noces, puisse-t-il nous reconnaître, vous et moi, comme les siens. Le festin est prêt, l’invitation est lancée et le vêtement du salut est offert. Tout ce que Dieu demande, c’est que nous accueillions sa grâce et que notre « oui » soit un « oui » vécu et moral. Ce « oui moral » à Dieu est notre tenue pour le ciel !

Exercice pour la semaine

Prenez chaque jour un moment pour prier pour votre propre salut. Demandez à Dieu la grâce de rendre votre « oui » visible dans votre vie quotidienne, et passez moins de temps à juger les fautes des autres et davantage à prier pour leur salut.

Publié initialement sur SPIRITAINS AFRIQUE ET ÎLES, sur Substack.