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P. Alain Mayama, C.S.Sp., Supérieur général

Ressources · 1 oct. 2026

La vie communautaire interculturelle : lettre du P. Alain Mayama, C.S.Sp., Supérieur général

Le 2 octobre s’ouvre la troisième phase du plan d’animation de la Congrégation, consacrée à la vie communautaire interculturelle (2026–2028).

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Ressources

Cette page rassemble les ressources essentielles qui soutiennent la vie, la formation et la mission spiritaines à travers l’Afrique et les Îles.

Centres de formation permanente

  • Centre spiritain de Bagamoyo, Tanzanie – programmes de formation continue proposés en partenariat avec l’ICOF
  • Centre Brottier pour la Mission et la Spiritualité, SIST, Enugu, Nigeria – sessions de courte durée organisées tous les deux ans

Document fondateur

La SCCAI est régie par ses Statuts, approuvés à Luanda en décembre 2022, qui définissent notre organisation, nos objectifs et nos orientations en matière de formation. Les circonscriptions et les membres peuvent en demander une copie auprès du Secrétaire exécutif.


Neuvaine pour le Jour de Poullart des Places — 2 octobre

Claude-François Poullart des Places, Founder of the Congregation of the Holy Spirit

Le Père Claude-François Poullart des Places, Fondateur de la Congrégation du Saint-Esprit — anniversaire le 2 octobre 2026.

Vivre en communauté interculturelle à la lumière du « Choix d’un État de Vie » — une neuvaine spiritaine de neuf jours, du 23 septembre au 1er octobre, préparée par les PP. Jean-Marie Ombe Essomba, Hervé Buru et Raymond Jung, sur le thème « Voici que je fais une chose nouvelle » (Is 43, 19).

Cette neuvaine nous invite à relire des passages choisis du Choix d’un État de Vie de Claude-François Poullart des Places comme un chemin spirituel pour la vie en communauté interculturelle. Vivre en communauté interculturelle, c’est bien plus que partager un toit avec des personnes d’origines différentes — c’est avant tout un chemin intérieur : apprendre à reconnaître ses propres limites et attachements, dépasser le repli sur soi, purifier ses motivations et accueillir l’autre sans le réduire à nos attentes. Chaque jour propose ci-dessous un passage du Choix d’un État de Vie, précédé d’un texte de l’Écriture, comme matière à méditation.

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23 septembre — Jour 1 : Le dépouillement radical de soi

Thème : la liberté intérieure ouvre la porte à l’hospitalité

En ce premier jour de la neuvaine, nous sommes invités à entrer dans la démarche par un mouvement intérieur de dépouillement de soi. Vivre en communauté interculturelle — tout comme suivre Jésus — commence par un renoncement fondamental : cesser de faire de nous-mêmes, de notre culture ou de nos habitudes le point de référence ultime. Aujourd’hui, en méditant, demandons la grâce d’une véritable liberté intérieure, celle qui nous rend disponibles à Dieu et ouverts aux frères et sœurs avec qui nous partageons notre vie. Que l’Esprit Saint nous apprenne à accueillir ce qui nous déstabilise et nous met au défi — non pas avec crainte ou repli, mais comme un chemin de croissance, de transformation et de communion.

Parole de Dieu — Luc 9, 23-24

Puis, s’adressant à tous, il dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais celui qui perd sa vie à cause de moi la sauvera. »

Poullart des Places

« Ô mon Dieu, qui conduisez à la Jérusalem céleste ceux qui s’abandonnent véritablement à vous, je me tourne vers votre divine Providence ; je m’y abandonne tout entier ; je renonce à mes inclinations, à mes désirs et à ma propre volonté pour suivre aveuglément la vôtre. Daignez me faire connaître ce que vous voulez que je fasse, afin qu’en vivant ici-bas la vie que vous m’avez destinée, je puisse vous servir, durant mon pèlerinage, dans un état où je vous sois agréable… »

Pertinence interculturelle : l’effacement de soi est le fondement indispensable de toute rencontre authentique avec l’autre et de toute sortie de l’ethnocentrisme. Après sa retraite de 1701, Claude Poullart des Places ne vécut plus replié sur lui-même ni en quête de l’approbation d’autrui. Il ne désirait plus que faire la volonté de Dieu, et, reconnaissant envers son « Libérateur », il se réjouissait de pouvoir le servir dans les pauvres, « qui sont ses membres ». Il ne se contenta pas d’agir en leur faveur ; il choisit de vivre parmi eux, devenant pauvre avec les pauvres.

Réflexion

Renoncer à ses inclinations et à sa propre volonté n’est pas une négation de soi, mais un acte de foi enraciné dans la confiance en la divine Providence. Dans la tradition ignatienne de la sainte indifférence, ce renoncement conduit à une liberté authentique en déplaçant le moi hors du centre du sens et du contrôle. Une telle attitude ouvre un espace de rencontre — humaine et divine — où l’identité est reçue plutôt que construite dans l’isolement. Ce mouvement de décentrement devient un principe fondamental de la véritable rencontre interculturelle : renoncer à la maîtrise de nos cadres d’interprétation nous permet d’accueillir des visions du monde différentes et d’en être transformés. Le « choix d’un état de vie » apparaît ainsi comme une sortie de soi, un exode intérieur où l’identité se découvre dans la relation et dans l’accueil de l’altérité.

Prière

Seigneur Dieu, toi qui nous appelles à te suivre, apprends-nous à renoncer à tout ce qui nous emprisonne en nous-mêmes. Libère-nous du besoin d’avoir raison, de faire de notre culture ou de nos habitudes la mesure de toute chose. Accorde-nous un cœur libre et ouvert, prêt à se laisser toucher par ta Parole et par la présence de nos frères et sœurs. Que notre communauté devienne un lieu où chacun apprend à s’effacer pour faire place à ton Esprit. Amen.


24 septembre — Jour 2 : Une vocation commune au-delà de nos différences

Thème : une finalité universelle

Aujourd’hui, nous tournons notre regard vers ce qui nous unit plus profondément que tout ce qui nous distingue. Malgré la diversité de nos origines, de nos langues et de nos sensibilités, nous partageons la même vocation fondamentale : aimer et servir Dieu. Cet appel commun est le fondement de toute communauté authentique. Lorsque nous le redécouvrons, nos différences retrouvent leur juste place — non plus comme des menaces, mais comme des dons mis au service d’une mission partagée. Vivre en communauté interculturelle ne devient possible que lorsque nous nous souvenons que notre unité précède notre diversité, et que notre diversité enrichit notre unité.

Parole de Dieu — Éphésiens 4, 2-7

Ayez toute l’humilité et la douceur désirables ; ayez de la patience, vous supportant les uns les autres avec amour ; ayez à cœur de garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix. Il y a un seul Corps et un seul Esprit, comme votre vocation vous a appelés à une seule espérance ; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ; un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous et en tous. Mais à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don du Christ.

Poullart des Places — Une finalité commune au-delà des différences

« Dieu ne m’a créé que pour l’aimer, que pour le servir, et ensuite pour jouir de la félicité promise aux âmes justes. C’est là mon unique souci ; c’est là le but vers lequel je dois diriger toutes mes actions. Je suis un insensé si je ne travaille pas selon cette fin, puisque je n’en dois avoir aucune autre. Quoi qu’il arrive désormais, je dois donc me souvenir que tout moment que je ne passe pas à bien vivre est un moment perdu, et dont je devrai rendre compte à Dieu. »

Pertinence interculturelle : l’affirmation d’un horizon universel qui relativise les différences de statut, de culture ou de circonstances. Le jeune Claude Poullart des Places jouait le rôle de « la gloire » au théâtre ; son biographe rapporte que « sa passion était la gloire et la réputation ». Mais durant sa retraite, « il renonça avec joie à un monde où il ne voyait que vanité ; il s’attacha à son Dieu et à tout ce qui pouvait lui plaire ». Après cette retraite, il eut « une affection particulière pour les œuvres les plus obscures, pour les œuvres abandonnées ».

Réflexion — Une finalité universelle : le fondement théologique de l’égalité dans la diversité

Nous partageons tous la même finalité : aimer et servir Dieu. Cela confère à toute vie humaine une valeur et un sens fondamentaux voulus par Dieu. Aucun état de vie, aucune culture, aucune condition sociale ne peut prétendre incarner à elle seule cette vocation. Cela nous permet de reconnaître les différences sans les opposer les unes aux autres. Cette conviction s’enracine dans la foi en la création : tous les êtres humains sont créés pour Dieu, et non pour un système social ou culturel particulier. Cette orientation commune fonde un regard respectueux envers autrui : il n’est jamais un moyen, mais une personne appelée, comme moi, à répondre à Dieu. Dans une perspective interculturelle, cela nous empêche d’ériger notre propre culture ou notre manière de vivre la foi en modèle absolu. La diversité des manières de vivre apparaît alors non comme un obstacle, mais comme une source de richesse, une pluralité de chemins conduisant vers le même horizon, ouvrant à une communion qui n’efface pas les différences mais les accueille.

Prière

Seigneur Jésus, tu nous appelles tous à la même vocation, malgré la diversité de nos origines et de nos parcours. Rappelle-nous chaque jour que nous sommes d’abord et avant tout unis en toi. Quand les différences nous lassent ou nous divisent, ramène nos cœurs à l’essentiel : aimer, servir et rechercher ta gloire. Fais de notre communauté un signe d’unité, au service de ta mission dans le monde. Amen.


25 septembre — Jour 3 : Relire nos cultures à la lumière de l’Évangile

Thème : le détachement des vues humaines

Ce troisième jour nous invite à porter un regard critique et croyant sur nos propres cultures. Chaque culture porte de véritables richesses, mais aussi des limites, des conditionnements, et parfois même des idoles. La vie interculturelle devient féconde lorsque nous laissons la Parole de Dieu interroger nos façons de penser, de décider et de vivre ensemble. Demandons la grâce du discernement, afin de reconnaître ce qui vient de Dieu et ce qui ne relève que de notre logique humaine.

Parole de Dieu — Romains 12, 1-2

Je vous exhorte donc, frères et sœurs, par la miséricorde de Dieu, à offrir votre corps en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous lui devez. Ne vous conformez pas au monde présent, mais transformez-vous par le renouvellement de votre intelligence, afin de discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait.

Poullart des Places

« Où je trouverai vos intérêts, j’y demeurerai pour les sauvegarder, mais où je ne trouverai que ceux du monde, j’en fuirai comme d’un serpent. Si j’ai le bonheur, mon Dieu, [de trouver l’état] où votre divine Providence veut que je vous serve, vous m’accorderez les grâces dont j’ai besoin pour garder toujours présente à mon esprit l’affaire de mon salut, et pour oublier toutes les autres affaires de la vie. Je me détache, mon Dieu, de toutes les vues humaines que j’ai eues jusqu’ici dans tous les choix de vie que j’ai envisagés. »

Pertinence interculturelle : prendre un recul critique par rapport aux normes sociales dominantes avant tout choix. En 1702, Claude Poullart des Places confesse que « la participation au Corps de Jésus » lui fit « mépriser le monde et ses manières », qu’il se souciait peu « d’en gagner l’estime », et même qu’il chercha parfois à « lui déplaire en allant contre ses usages ». Pour sa tonsure, il choisit « l’habit et la simplicité des ecclésiastiques les plus réformés », sans se soucier « de ce qu’on pourrait en dire ».

Réflexion — Se détacher des « vues humaines » : le discernement critique des cultures

Se détacher des « vues humaines » ne signifie pas mépriser le monde, mais exercer une critique spirituelle des logiques de pouvoir, de gloire et de réussite. Théologiquement, c’est là l’œuvre du discernement des esprits : distinguer ce qui appartient à Dieu de ce qui appartient au monde, au sens johannique. Une telle attitude exige la capacité de questionner les normes implicites de son environnement social et culturel. Dans une perspective interculturelle, ce discernement est essentiel : toute culture porte des valeurs, mais aussi des idoles. Le croyant est donc appelé à un engagement critique envers sa propre culture avant d’évaluer celle des autres. Dans cette lumière, le Choix d’un État de Vie devient un acte prophétique, capable de résister aux déterminismes sociaux et culturels dominants. Il nous invite à laisser l’Évangile purifier nos regards, afin que notre identité soit façonnée non par les conditionnements culturels, mais par l’appel de Dieu.

Prière

Esprit Saint, toi qui éclaires les cœurs, apprends-nous à relire nos cultures à la lumière de l’Évangile. Aide-nous à reconnaître ce qui vient de toi et ce qui ne relève que de notre logique humaine. Libère-nous des idoles cachées du pouvoir, de la réussite ou de la domination. Conduis notre communauté sur les chemins de la vérité, de la justice et de la paix. Amen.


26 septembre — Jour 4 : Oser dire la vérité pour bâtir la communion

Thème : la sincérité devant Dieu et devant nos frères et sœurs

La communion interculturelle ne se construit ni sur les apparences ni sur les non-dits, mais sur la vérité. Aujourd’hui, nous sommes invités à nous tenir devant Dieu tels que nous sommes réellement, sans masques ni excuses. Cette vérité intérieure est le fondement de la confiance fraternelle. Demandons la grâce de parler et d’écouter avec un cœur sincère, capable d’accueillir l’autre dans sa fragilité comme dans sa richesse, afin que notre communauté grandisse dans une communion authentique.

Parole de Dieu — Éphésiens 4, 15-20

Mais que, vivant selon la vérité dans la charité, nous grandissions à tous égards vers celui qui est la Tête, le Christ. C’est de lui que le corps tout entier, articulé et maintenu uni grâce à toutes les jointures qui le desservent, tire sa croissance selon l’énergie qui est impartie à chacune de ses parties, pour se construire lui-même dans la charité. Voici donc ce que je dis et atteste dans le Seigneur : vous ne devez plus vivre comme vivent les païens, dans la vanité de leurs pensées ; ils ont l’intelligence obscurcie, exclus de la vie de Dieu, à cause de l’ignorance qui est en eux et de l’endurcissement de leur cœur. Ayant perdu tout sens moral, ils se sont livrés à l’inconduite pour la pratique avide de toute impureté. Mais vous, ce n’est pas ainsi que vous avez appris le Christ.

Poullart des Places — Sincérité et connaissance de soi

« Comme je ne suis prévenu de rien et que rien ne me prévient, je dois recommencer à examiner les inclinations et les répugnances que je puis avoir pour chaque état de vie. Rien ne me distraira en ce saint lieu. J’y suis plus particulièrement en la présence de Dieu qu’en tout autre lieu. Je ne dois point « déguiser » ce qui est dans mon cœur, puisque Dieu le connaît mieux que moi, et je me tromperais moi-même si je ne me parlais pas sincèrement. Je veux peser les choses dans la balance du sanctuaire… »

Pertinence interculturelle : la nécessité d’une honnêteté intérieure pour éviter de projeter ses propres schémas sur autrui. En 1704, Poullart des Places accueillit une quarantaine d’étudiants. Il traversait une épreuve spirituelle liée à l’épuisement physique. Pour la surmonter, il fit retraite, relut son expérience et nota ses difficultés avec une grande lucidité. Il se confia ensuite à un directeur spirituel, partageant ouvertement ses combats. Ce moment de vérité le conduisit à confier une partie de ses responsabilités à d’autres. Son exemple montre que l’honnêteté intérieure est indispensable à la vie interculturelle : sans elle, nous risquons de projeter sur les autres nos propres schémas, nos peurs et nos attentes.

Réflexion — La vérité sur soi comme condition de la rencontre

L’appel à ne rien « déguiser » devant Dieu révèle une anthropologie théologique centrée sur la vérité du cœur. La relation à Dieu exclut la duplicité intérieure, car Dieu connaît chacun mieux qu’il ne se connaît lui-même. Cette transparence — plus encore que la clarté intellectuelle — est essentielle au discernement spirituel et à des relations saines. Dans une perspective interculturelle, reconnaître ses peurs, ses préjugés et ses projections empêche que l’altérité ne devienne un écran sur lequel nous projetons nos propres ombres. Sans introspection, le dialogue risque d’être coloré par le préjugé ou le malentendu. Poullart des Places nous invite à pratiquer une ascèse de la sincérité, afin de nous voir tels que nous sommes et de reconnaître l’autre dans son unicité, sans filtres. Cette quête de transparence est indispensable à toute rencontre authentique et à la construction d’une communauté enracinée dans la confiance.

Prière

Seigneur, tu connais nos cœurs mieux que nous-mêmes. Apprends-nous à nous tenir devant toi sans masque, et devant nos frères et sœurs sans crainte. Guéris nos silences qui blessent et nos paroles qui divisent. Accorde-nous la grâce d’une parole vraie, humble et respectueuse, afin que notre communauté grandisse dans la confiance et la communion. Amen.


27 septembre — Jour 5 : Accueillir la complexité de chaque personne

Thème : la lucidité anthropologique

Aujourd’hui, nous sommes invités à reconnaître que chaque personne porte en elle-même à la fois de la bonté et de la fragilité. La vie en communauté interculturelle devient difficile lorsque nous idéalisons les autres ou refusons de reconnaître leurs limites. En acceptant notre propre complexité, nous apprenons à accueillir celle des autres avec patience et miséricorde. Demandons la grâce d’un regard humble, capable de voir au-delà des imperfections et de favoriser la croissance mutuelle.

Parole de Dieu — Romains 7, 18-19.22

Je le sais, rien de bon n’habite en moi, je veux dire dans ma chair. Vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir, puisque le bien que je veux, je ne le fais pas, et que le mal que je ne veux pas, voilà ce que je fais… (…) Car je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l’homme intérieur.

Poullart des Places — Reconnaître sa propre complexité

« Je dois d’abord examiner mon tempérament pour voir de quoi je suis capable et me souvenir de mes bonnes et de mes mauvaises passions, de peur d’oublier les premières et d’être surpris par les secondes. (…) Je suis un peu sanguin et fort mélancolique (…) recherchant l’indépendance, mais esclave de la grandeur ; (…) aimant à faire l’aumône, et naturellement sensible à la misère d’autrui ; haïssant les médisants ; respectueux dans les églises sans être hypocrite. Me voici tout entier, et quand je jette les yeux sur ce portrait, je m’y trouve peint d’après nature. »

Pertinence interculturelle : la reconnaissance de l’ambivalence humaine, condition préalable pour accueillir la complexité des autres et des cultures. Claude Poullart des Places venait en aide à des étudiants démunis qui, comme tout le monde, avaient des défauts et des faiblesses, mais il voyait en eux une richesse de « dispositions admirables » et de « talents » qui n’attendaient que d’être « cultivés » pour le bien de l’Église et de tous.

Réflexion — Reconnaître sa complexité : une anthropologie non idéalisée

Cet autoportrait détaillé révèle une anthropologie profondément réaliste, marquée par la coexistence du bien et du mal dans le cœur humain. Théologiquement, une telle lucidité s’enracine dans la doctrine du péché — non comme source de culpabilité, mais comme reconnaissance d’une condition blessée. L’être humain n’est ni angélique ni totalement corrompu : c’est une personne en tension, capable à la fois de générosité et de contradiction. Cette vision empêche toute idéalisation de soi ou d’autrui. Dans une perspective interculturelle, elle nous invite à reconnaître la complexité de nos identités culturelles, elles-mêmes marquées de contradictions et d’ambivalences. La vie en communauté interculturelle devient ainsi un lieu de vérité anthropologique, où l’appel de Dieu rencontre des histoires concrètes et situées, façonnées de limites et de dons. C’est dans cette réalité partagée que chacun apprend à accueillir sa propre fragilité et celle des autres — sans naïveté, sans dureté, et sans jugement.

Prière

Dieu de miséricorde, nous te présentons ce que nous sommes, avec nos forces et nos limites. Apprends-nous à accepter notre propre fragilité et celle des autres avec patience et bonté. Quand la différence ou la faiblesse nous trouble, accorde-nous ton regard compatissant. Que notre communauté devienne un lieu où chacun peut grandir sans être jugé, soutenu par l’amour fraternel. Amen.


28 septembre — Jour 6 : Honorer la diversité des chemins

Thème : tous les états de vie ouverts au salut

Ce sixième jour nous rappelle que Dieu agit dans la diversité des vocations, des histoires et des sensibilités. Il n’existe pas un modèle unique de sainteté ou de fidélité. En communauté interculturelle, cette conviction nous aide à respecter les différences de rythme, d’expression spirituelle et de manières de servir. Demandons la grâce de reconnaître l’œuvre de Dieu chez nos frères et sœurs, même lorsqu’elle prend des formes différentes des nôtres.

Parole de Dieu — Éphésiens 4, 11-13

Et lui-même a fait don de certains comme apôtres, d’autres comme prophètes, d’autres comme évangélistes, d’autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints en vue de l’œuvre du ministère, pour l’édification du corps du Christ, jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ.

Poullart des Places — Diversité des états de vie et égalité spirituelle

« Mais comme il n’y a que trois états de vie entre lesquels on puisse choisir, il n’y a aussi que trois sortes de vocation. Il faut choisir entre l’état religieux qu’on appelle le cloître, l’état ecclésiastique qui est celui des prêtres séculiers, et le troisième état qu’on appelle le monde. Dans les trois, on peut se sauver comme on peut se damner. »

Pertinence interculturelle : le refus de hiérarchiser les manières de vivre, l’affirmation d’une égalité fondamentale dans la diversité. Pour Poullart des Places, répondre à son propre appel était la meilleure manière de soutenir Louis-Marie Grignion de Montfort dans sa vocation : « Je vous les préparerai et vous les mettrez en pratique. De cette manière, vous serez satisfait et moi aussi. » Les premiers montfortains venaient tous du Séminaire du Saint-Esprit.

Réflexion — Tous les états de vie également ouverts au salut

L’affirmation que l’on peut se sauver — ou se perdre — dans tous les états de vie démonte toute hiérarchie spirituelle simpliste. Doctrinalement, elle indique une vision non élitiste de la sainteté, accessible dans toute circonstance humaine. La grâce n’est pas liée à un statut, mais à une réponse libre et fidèle. Cette perspective ouvre une théologie de la vocation comme appel unique au sein d’une pluralité légitime. Sur le plan interculturel, elle soutient la reconnaissance de différentes manières de vivre et de différentes cultures comme des lieux possibles de l’action de Dieu. Dans le Choix d’un État de Vie, Poullart des Places montre qu’aucune culture et aucun état de vie n’a le monopole du salut ou de la vertu.

Prière

Seigneur, tu appelles chacun de nous sur un chemin unique. Apprends-nous à respecter les rythmes, les sensibilités et les manières de vivre la foi qui ne sont pas les nôtres. Délivre-nous du désir d’imposer un modèle unique. Ouvre nos cœurs à la richesse de la diversité, afin que notre communauté reflète l’ampleur de ton amour et de ton appel. Amen.


29 septembre — Jour 7 : Regarder au-delà des apparences

Thème : la primauté du cœur

En ce jour, nous sommes invités à dépasser les jugements hâtifs fondés sur les apparences, les comportements ou les normes culturelles. La Parole de Dieu nous enseigne que Dieu regarde le cœur. Dans la vie communautaire, cette attitude nous libère du préjugé et de la comparaison. Demandons la grâce d’un regard purifié, capable de discerner la sincérité, la foi et le désir de bien faire au-delà des différences visibles.

Parole de Dieu — 1 Samuel 16, 6-7

À peine arrivés, Samuel aperçut Éliab et se dit : « Sûrement, l’oint du Seigneur est ici, devant lui. » Mais le Seigneur dit à Samuel : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme regarde l’homme : l’homme regarde l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. »

Poullart des Places — Relativiser les signes extérieurs

« Le cilice et la soutane peuvent couvrir un cœur méchant et pécheur tout aussi bien que la robe d’avocat ou la casaque galonnée du cavalier. De même, un juge ou un homme d’épée peut conserver un cœur pur et vertueux tout aussi bien que le plus austère ermite et le plus dévot prêtre. L’un et l’autre peuvent être des fripons ou des honnêtes gens. Dieu est avec ces personnes partout et il leur donne les grâces qu’elles méritent. Celles-ci peuvent se mériter en tout état de vie, pourvu que ce soit celui que Dieu a voulu. »

Pertinence interculturelle : une critique des jugements fondés sur les apparences culturelles ou symboliques. Claude Poullart des Places « rassemblait de temps en temps les petits Savoyards et leur enseignait le catéchisme chaque fois qu’il en trouvait l’occasion, convaincu que leurs âmes n’étaient pas moins chères à Jésus-Christ que celles des plus grands seigneurs, et qu’il y avait autant, sinon plus, de fruit à espérer ».

Réflexion

La remise en question des habits religieux ou civils comme signes présumés de vertu appartient à la tradition biblique qui démasque les illusions fondées sur les apparences. Théologiquement, Dieu regarde le cœur, non les signes extérieurs. Cette perspective interroge toute sacralisation des formes extérieures — religieuses, sociales ou culturelles. D’un point de vue interculturel, ce passage est fondamental : il met en garde contre les jugements hâtifs fondés sur des codes, des symboles ou des pratiques visibles. Il invite à une compréhension plus profonde de l’autre, attentive à l’intention et à la conscience plutôt qu’à la simple conformité extérieure.

Prière

Seigneur Jésus, toi qui regardes le cœur et non les apparences, purifie notre regard sur les autres. Libère-nous des préjugés, des jugements hâtifs et des comparaisons. Accorde-nous la grâce de reconnaître, en chaque frère et sœur, un don pour la communauté, même lorsque leurs manières nous déconcertent. Que notre regard devienne source de paix et non de division. Amen.


30 septembre — Jour 8 : Surmonter les résistances et les peurs

Thème : le chemin et la conversion

La vie interculturelle implique des renoncements, des pertes, et parfois des souffrances. Ce huitième jour nous invite à reconnaître nos résistances intérieures : la peur de perdre nos repères, les attachements affectifs ou culturels, et le désir de sécurité. En offrant ces résistances à Dieu, elles peuvent devenir des lieux de conversion. Demandons la grâce de persévérer dans l’appel, même lorsque le chemin nous éloigne de notre zone de confort.

Parole de Dieu — Luc 9, 61-62

Un autre encore dit : « Je te suivrai, Seigneur, mais permets-moi d’abord de faire mes adieux à ceux de ma maison. » Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le règne de Dieu. »

Poullart des Places — Tension entre attirance et répulsion face à l’altérité

« Tu es mélancolique, rêveur, triste dans ta solitude, bien que tu aimes être seul. (…) Comment concilierais-tu ta retraite avec l’affection que tu portes à ma sœur ? Tu l’aimes tendrement ; tu ne peux souffrir d’en être séparé longtemps ; elle n’est pas encore établie, et elle t’est assez chère pour que tu souhaites que je m’intéresse à sa fortune. Mon père est âgé et laissera des affaires considérables que peu de gens, hormis moi, seront capables de mettre en ordre. Tu connais les obligations que j’ai envers le père et la mère qui m’ont donné la vie. »

Pertinence interculturelle : mise en lumière des conflits intérieurs provoqués par le passage d’un monde à un autre. Claude Poullart des Places interpréta son épreuve de 1704 comme un fléchissement causé par « le soin qu’il avait pris de pauvres écoliers ». Avec l’aide de son directeur spirituel, il comprit que toute vie spirituelle traverse des temps de désolation, et que tout engagement nécessite d’être évalué pour être renouvelé. Ce qui ne fonctionnait plus, c’était sa façon de tout gérer seul. Lorsqu’il partagea les responsabilités, la confiance revint, et une communauté formatrice naquit au service d’une communauté missionnaire — plus résiliente face aux difficultés à venir.

Réflexion — Résistances intérieures et passage entre les mondes

L’analyse de la répulsion face à la vie religieuse montre que le passage d’un état à un autre implique toujours un bouleversement existentiel profond. D’un point de vue spirituel, cela nous rappelle qu’une vocation n’est pas une certitude immédiate, mais un véritable combat intérieur. Les attachements familiaux, affectifs et culturels sont des médiateurs ambivalents : ils peuvent soutenir l’appel divin ou l’entraver. Dans une perspective interculturelle, ce passage ressemble à un processus d’acculturation, où l’entrée dans un nouvel univers symbolique provoque désorientation et résistance. Poullart des Places nous enseigne que toute vocation authentique implique un chemin fait de pertes autant que de gains.

Prière

Seigneur, tu connais nos peurs et nos résistances face à ce qui nous déstabilise et nous trouble. Nous te les confions aujourd’hui sans les cacher. Donne-nous le courage de traverser les passages difficiles, de lâcher ce qui nous retient, et de te faire confiance lorsque le chemin est incertain. Que notre communauté apprenne à avancer ensemble, soutenue par ton Esprit. Amen.


1er octobre — Jour 9 : Se laisser guider par l’Esprit

Thème : la médiation et le discernement communautaire

En ce dernier jour, nous réfléchissons à l’importance de la médiation dans la vie spirituelle et communautaire. Dieu nous parle à travers les frères, les supérieurs, les formateurs et les communautés. La vie interculturelle se construit sur l’écoute mutuelle et le discernement partagé. Demandons la grâce de reconnaître l’action de l’Esprit à travers ces médiations, afin que notre communauté devienne un lieu où chacun peut grandir et trouver sa juste place dans la mission.

Parole de Dieu — Actes 9, 17-18

Ananie s’en alla ; il entra dans la maison, imposa les mains à Saul et dit : « Saul, mon frère, celui qui m’envoie, c’est le Seigneur — ce Jésus qui t’est apparu sur le chemin par lequel tu venais — afin que tu recouvres la vue et sois rempli d’Esprit Saint. » Et aussitôt, il tomba de ses yeux comme des écailles, et il recouvra la vue. Il se leva et fut baptisé.

Poullart des Places — La nécessité de la médiation et de la conduite

« Je suis venu ici demander conseil à votre divine Sagesse. Détruisez en moi tous les attachements mondains qui me suivent partout. Que je n’aie d’autre but, dans l’état que je choisirai pour toujours, que de vous plaire ; et puisque, dans la situation où je me trouve, il m’est impossible de rien décider, et que je sens pourtant que vous voulez de moi autre chose que mes incertitudes, je me découvrirai, Seigneur, sans détour à vos ministres. Accordez-moi, par votre sainte grâce, de trouver un Ananie qui me révèle le vrai chemin, comme il le fit pour saint Paul ; je suivrai ses conseils comme je suivrais vos commandements. »

Pertinence interculturelle : la reconnaissance du rôle des médiateurs (facilitateurs, guides, interprètes) dans tout cheminement interculturel. L’inclination de Poullart des Places pour les pauvres lui vint d’influences combinées : d’abord celle de sa mère, puis celle de son parrain Claude de Marbeuf, qui présidait le « Bureau des pauvres », celle des jésuites à travers la Congrégation de Notre-Dame, celle du Père Bellier, qui les envoyait servir les malades et enseigner le catéchisme aux orphelins, et enfin son amitié avec Louis-Marie Grignion de Montfort, avec qui il priait et partageait un même amour des pauvres.

Réflexion — La médiation comme lieu de révélation de la volonté de Dieu

Le recours à un médiateur spirituel situe le discernement dans une ecclésiologie de la médiation. Dieu ne parle pas seulement dans l’intériorité immédiate, mais à travers des figures, des paroles et une tradition. Cela protège contre l’illusion d’une inspiration purement subjective. Dans une perspective interculturelle, la médiation est essentielle : elle permet de traduire, d’interpréter et d’accompagner le passage entre les univers symboliques. Le médiateur devient un « guide », capable d’aider la personne à reconnaître l’appel de Dieu au milieu de la multitude des possibles. Durant la formation et tout au long du ministère, nous avons besoin de tels guides — des auditeurs attentifs qui nous aident à dépasser nos angoisses.

Prière

Esprit de sagesse, nous te rendons grâce pour les frères et sœurs à travers qui tu nous parles. Apprends-nous à écouter, à nous laisser conseiller et accompagner. Fais de notre communauté un lieu de discernement partagé, où chacun cherche non sa propre volonté, mais ce qui favorise la croissance de notre mission commune. Conduis-nous sur les chemins que tu as choisis pour nous, au service de l’Évangile et du monde. Amen.


Prière à Claude-François Poullart des Places

Esprit de Pentecôte, tu as appelé Claude Poullart des Places à porter la Bonne Nouvelle aux pauvres en formant une communauté de prêtres pour vivre parmi eux. Aide-nous à suivre son exemple, sous la protection de la Vierge Immaculée. Fais de lui un saint de l’Église et accorde-nous les grâces que nous te demandons par son intercession. Amen.