Dieu est le Seigneur de la joie; avec ou sans nous, le festin de son Royaume aura lieu

Isaïe 25,6-9; Psaume 22; Philippiens 4,12-14.19-20; Matthieu 22,1-14.
Chers frères et sœurs
1. Les lectures de ce dimanche mettent en lumière deux réalités fondamentales : la joie et la tristesse. La première lecture, une « apocalypse » ou « l’Apocalypse d’Isaïe », c’est-à-dire une révélation que Dieu a faite au prophète concernant des évènements à venir. Dieu s’y révèle comme le Seigneur de la fête. Le prophète nous annonce que le Seigneur préparera un festin somptueux sur sa montagne. Au menu: des viandes grasses et succulentes, du vin capiteux et décanté. De quoi éveiller l’appétit de plusieurs personnes dans cette église !
Bien entendu, cela ne signifie pas que les végétariens ou ceux qui ne boivent pas de vin seront exclus. Il s’agit plutôt d’un festin où toutes sortes de nourritures sont offertes, ce qui est mentionné étant comme notre « plat du chef ». Les invités sont tous les peuples de la terre. Ce que l’ONU ne peut réaliser, Dieu le fait. Nous avons là, de manière imagée, un discours sur la fin de l’histoire, au cours de laquelle toutes les familles des nations seront rassemblées autour du Seigneur de l’univers pour célébrer l’harmonie et la paix retrouvées. En ce jour-là, la tristesse disparaîtra : la mort sera anéantie, emportant avec elle son cortège de désolation. Dieu est le Seigneur de la joie, non de la tristesse. Pour le Seigneur, l’histoire de l’humanité se conclura sur une note positive.
2. L’Évangile nous parle également d’un grand festin, celui qu’un roi organise pour les noces de son fils. Jésus utilise cette image pour nous parler du Royaume de Dieu. Les noces d’un prince sont habituellement un événement joyeux pour tous les sujets. Les célébrations de la famille royale touchent en quelque sorte toutes les familles du royaume. Tout est mis en œuvre pour un succès retentissant : nourriture, boisson, musique, danse et invités. Rien n’est laissé au hasard ou à l’improvisation. C’est ce que le roi et sa cour ont prévu. Quand tout est prêt, la politesse en Orient exige que l’on fasse signe aux invités de venir.
Cependant, et c’est là la grande surprise, comme s’ils s’étaient concertés pour saboter les noces royales, les invités refusent de venir. Ils savaient qu’ils étaient conviés et auraient dû prendre leurs dispositions. Le jour de la fête, alors qu’on n’attend plus qu’eux, les invités ne se présentent pas. Il se pourrait qu’il y ait eu une mauvaise communication de la part des serviteurs du roi. C’est pourquoi le roi décide d’envoyer d’autres serviteurs avec un message très clair. Quoi qu’il en soit, les invités ne tiennent pas compte de ce message. Certains d’entre eux vont même jusqu’à torturer et tuer ces serviteurs. Là où ne devrait régner que la joie, la tristesse s’installe.
4. Deux choses vont alors se produire. D’une part, la justice doit être rétablie. C’est le rôle de l’expédition punitive qui se chargera de faire appliquer le droit contre les invités criminels : le roi fit périr les meurtriers et brûla leur ville. Là encore, la tristesse gagne du terrain, mais cette tristesse est provoquée par les criminels eux-mêmes. Ils ne récoltent que ce qu’ils ont semé. Après tout, ils n’étaient pas contraints par la force à venir au festin royal, alors pourquoi tuer des gens dont la seule mission était de leur transmettre une nouvelle ?
D’autre part, la fête n’est ni annulée ni reportée. Elle aura bien lieu, mais avec de nouveaux invités. Le roi demande à ses serviteurs d’aller à la rencontre de tous ses sujets et d’élargir l’invitation à tout le monde. Réécoutons ses paroles : « Tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noces ». Notons bien que le roi ne demande pas à ses serviteurs d’aller se saisir manu militari de n’importe qui, de gré ou de force, pour l’amener au festin. Jésus décrit aussi comment les serviteurs ont exécuté la mission du roi : « Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils rencontrèrent, les mauvais comme les bons… » Donc, à aucun moment il n’est dit qu’il s’agissait d’une action violente, militaire, qui ne laissait pas de choix à ces nouveaux invités, ni même que ces derniers ne savaient pas où ils allaient. Ils devaient donc savoir comment se comporter pour les noces de la famille royale.
5.Vient, enfin, l’épisode de la rencontre du roi et des convives. Le souverain constate que parmi les convives, il y a un homme qui n’est pas en tenue de noces. Beaucoup se demandent si ce roi est vraiment sérieux. En effet, disent-ils, comment un homme pris sur la route pouvait-il avoir le temps de se procurer une tenue de noces ? Seulement, le problème est que les autres aussi étaient pris sur le chemin, mais ils sont, eux, en tenue de noces. De plus, il n’est pas dit que les nouveaux invités avaient été pris de force, comme on jetterait aujourd’hui des manifestants dans un camion militaire. Le silence de cet homme est donc celui de quelqu’un qui n’a aucun argument valable pour se défendre. Remarquons d’ailleurs qu’il ne s’excuse pas. Il se retrouvera dans la tristesse, car jeté au dehors, dans les ténèbres.
6.Dans le contexte de Jésus et des premiers disciples, la parabole du grand festin sert à expliquer la situation paradoxale liée à la réception de l’Évangile du Royaume de Dieu. Les grands prêtres, les anciens du peuple et les Pharisiens, dans leur écrasante majorité, se sont comportés comme les invités qui ont refusé de venir au festin du roi. Par contre, plusieurs publicains et pécheurs ont répondu volontiers à l’Évangile. Après la Pentecôte, ils seront rejoints dans l’Église par des hommes et des femmes de différentes cultures, langues, peuples et nations.
7.Chers amis, avec ou sans nous, le festin du Royaume de Dieu aura lieu. Rien ne peut l’annuler ou le reporter. Si le festin du Royaume de Dieu aura bel et bien lieu, qui en fera partie ? Je dois me poser la question suivante : n’y a-t-il pas en moi certaines choses qui ont plus de valeur que Dieu ? Comme dans l’Évangile, il se pourrait que mes biens matériels (mes terres, mon commerce, mes affaires, etc.) aient plus d’importance que ma relation avec Dieu. Le Seigneur appelle toujours, mais c’est comme si le message qu’il reçoit en retour était le suivant : « L’appareil de votre correspondant est soit éteint, soit hors du périmètre cellulaire ». Ne fermons pas nos cœurs et restons dans le périmètre cellulaire qu’est l’Église. Car Dieu seul peut vraiment nous remplir de joie.
8.Enfin, il ne suffit pas d’être invités par le Seigneur. Encore faudrait-il que nous prenions les dispositions qui s’imposent. Lorsque nous sommes attendus à la Présidence de la République ou avons rendez-vous avec une haute autorité, comment nous y préparons-nous ? Et lorsque le Seigneur nous invite à l’Eucharistie, qui est une anticipation des noces de l’Agneau, comment nous mettons-nous en sa présence ? Notre tenue vestimentaire n’est pas à négliger : parfois, par notre habillement et la manière de nous tenir en sa présence, nous envoyons comme message aux autres que Jésus n’est pas digne de respect, alors que nous confessons qu’il est le Roi de l’univers. Par-dessus tout, n’oublions pas notre tenue de noces, à savoir une vie en conformité avec les promesses de notre baptême : renoncer à Satan et à tous ses mensonges, croire en Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, dans l’Église, en produisant des œuvres qui témoignent de notre foi. Amen.
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