Neuvaine pour la fête de Poullart des Places — 2 octobre

Neuvaine pour la fête de Poullart des Places — 2 octobre

Le P. Claude-François Poullart des Places, fondateur de la Congrégation du Saint-Esprit — anniversaire, 2 octobre 2026.

Vivre en communauté interculturelle à la lumière du « Choix d’un état de vie » — une neuvaine spiritaine de neuf jours, du 23 septembre au 1er octobre, préparée par les PP. Jean-Marie Ombe Essomba, Hervé Buru et Raymond Jung, sur le thème « Voici que je fais une chose nouvelle » (Is 43,19).

Cette neuvaine nous invite à relire des passages choisis du Choix d’un état de vie de Claude-François Poullart des Places comme un chemin spirituel pour la vie en communauté interculturelle. Vivre en communauté interculturelle, c’est bien plus que partager une maison avec des personnes d’origines différentes : c’est avant tout un cheminement intérieur — apprendre à reconnaître ses propres limites et attachements, sortir de soi-même, purifier ses motivations et accueillir l’autre sans le réduire à nos attentes. Chaque jour propose ci-dessous un passage du Choix d’un état de vie, précédé d’un texte de l’Écriture, comme matière à méditation.

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23 septembre — Jour 1 : le dépouillement radical

Thème : la liberté intérieure ouvre la porte à l’hospitalité

En ce premier jour de la neuvaine, nous sommes invités à entrer dans le chemin par un mouvement intérieur de dépouillement. La vie en communauté interculturelle — tout comme la suite de Jésus — commence par un renoncement fondamental : cesser de faire de nous-mêmes, de notre culture ou de nos habitudes la référence ultime. Aujourd’hui, en méditant, demandons la grâce d’une vraie liberté intérieure, celle qui nous rend disponibles à Dieu et ouverts aux frères et sœurs avec qui nous partageons notre vie. Que l’Esprit Saint nous apprenne à accueillir ce qui nous dérange et nous interpelle — non avec peur ou repli, mais comme un chemin de croissance, de transformation et de communion.

Parole de Dieu — Luc 9,23-24

Il leur disait à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. »

Poullart des Places

« Ô mon Dieu, qui conduisez à la Jérusalem céleste ceux qui s’abandonnent véritablement à vous, je me tourne vers votre divine Providence ; je m’y abandonne entièrement ; je renonce à mes inclinations, à mes désirs et à ma propre volonté pour suivre aveuglément la vôtre. Daignez me faire connaître ce que vous voulez que je fasse, afin qu’en menant ici-bas la vie à laquelle vous m’avez destiné, je vous serve, durant mon pèlerinage, dans un état où je vous sois agréable… »

Pertinence interculturelle : l’effacement de soi est le fondement indispensable de toute vraie rencontre de l’autre et de toute sortie de l’ethnocentrisme. Après sa retraite de 1701, Claude Poullart des Places ne vécut plus replié sur lui-même ni en quête de l’approbation des autres. Il ne désirait plus que faire la volonté de Dieu et, par reconnaissance envers son « Libérateur », il se réjouissait de pouvoir le servir dans les pauvres, « qui sont ses membres ». Il ne se contenta pas d’agir en leur faveur ; il choisit de vivre parmi eux, se faisant pauvre avec les pauvres.

Réflexion

Renoncer à ses inclinations et à sa propre volonté n’est pas une négation de soi, mais un acte de foi enraciné dans la confiance en la divine Providence. Dans la tradition ignatienne de la sainte indifférence, ce renoncement conduit à une liberté authentique en déplaçant le moi du centre du sens et de la maîtrise. Une telle attitude ouvre un espace de rencontre — humaine et divine — où l’identité est reçue plutôt que construite isolément. Ce mouvement de décentrement devient un principe fondamental de toute vraie rencontre interculturelle : renoncer à maîtriser nos cadres d’interprétation nous permet d’accueillir d’autres visions du monde et d’être transformés par elles. Le « choix d’un état de vie » apparaît ainsi comme une sortie de soi, un exode intérieur où l’identité se découvre dans la relation et l’accueil de l’altérité.

Prière

Seigneur Dieu, toi qui nous appelles à te suivre, apprends-nous à renoncer à tout ce qui nous enferme en nous-mêmes. Libère-nous du besoin d’avoir raison, de faire de notre culture ou de nos habitudes la mesure de toute chose. Donne-nous un cœur libre et ouvert, prêt à se laisser toucher par ta Parole et par la présence de nos frères et sœurs. Que notre communauté devienne un lieu où chacun apprend à s’effacer pour laisser place à ton Esprit. Amen.


24 septembre — Jour 2 : une vocation commune au-delà de nos différences

Thème : une finalité universelle

Aujourd’hui, nous tournons notre regard vers ce qui nous unit plus profondément que tout ce qui nous distingue. Malgré la diversité de nos origines, de nos langues et de nos sensibilités, nous partageons la même vocation fondamentale : aimer et servir Dieu. Cet appel commun est le fondement de toute communauté authentique. Lorsque nous le redécouvrons, nos différences prennent leur juste place — non comme des menaces, mais comme des dons mis au service d’une mission commune. La vie en communauté interculturelle ne devient possible que si nous nous souvenons que notre unité précède notre diversité, et que notre diversité enrichit notre unité.

Parole de Dieu — Éphésiens 4,2-7

En toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous et en tous. À chacun d’entre nous, la grâce a été donnée selon la mesure du don fait par le Christ.

Poullart des Places — Une finalité commune au-delà des différences

« Dieu ne m’a créé que pour l’aimer, que pour le servir, et ensuite pour jouir de la béatitude promise aux âmes justes. Voilà mon unique affaire ; voilà le but vers lequel je dois diriger toutes mes actions. Je suis un insensé si je ne travaille pas conformément à cette fin, puisque je ne dois pas en avoir d’autre. Quoi qu’il arrive désormais, je dois donc me souvenir que chaque moment que je ne passe pas à bien vivre est un moment perdu, dont je devrai rendre compte à Dieu. »

Pertinence interculturelle : affirmation d’un horizon universel qui relativise les différences de statut, de culture ou de condition. Le jeune Claude Poullart des Places jouait au théâtre le rôle de la « gloire » ; son biographe dit qu’« il avait la passion de la gloire et de la réputation ». Mais pendant sa retraite, « il renonça avec joie au monde, où il ne voyait plus que vanité ; il s’attacha à son Dieu et à tout ce qui pouvait lui plaire ». Après cette retraite, il eut « une affection particulière pour les œuvres les plus obscures, pour les œuvres abandonnées ».

Réflexion — Une finalité universelle : le fondement théologique de l’égalité dans la diversité

Nous partageons tous la même finalité : aimer et servir Dieu. Cela donne à toute vie humaine une valeur et un sens fondamentaux voulus par Dieu. Aucun état de vie, aucune culture ni condition sociale ne peut prétendre représenter à lui seul cette vocation. Cela nous permet de reconnaître les différences sans les opposer les unes aux autres. Cette conviction est enracinée dans la foi en la création : tous les êtres humains sont créés pour Dieu, et non pour un système social ou culturel particulier. Cette orientation commune fonde un regard respectueux sur l’autre : il n’est jamais un moyen, mais une personne appelée, comme moi, à répondre à Dieu. Dans une perspective interculturelle, cela nous empêche d’ériger notre propre culture ou notre manière de vivre la foi en modèle absolu. La diversité des manières de vivre apparaît alors non comme un obstacle, mais comme une richesse, une pluralité de chemins menant vers le même horizon, ouvrant à une communion qui n’efface pas les différences mais les accueille.

Prière

Seigneur Jésus, tu nous appelles tous à la même vocation, malgré la diversité de nos origines et de nos parcours. Rappelle-nous chaque jour que nous sommes d’abord unis en toi. Quand les différences nous fatiguent ou nous divisent, ramène nos cœurs à l’essentiel : aimer, servir et chercher ta gloire. Fais de notre communauté un signe d’unité au service de ta mission dans le monde. Amen.


25 septembre — Jour 3 : relire nos cultures à la lumière de l’Évangile

Thème : le détachement des vues humaines

Ce troisième jour nous invite à porter un regard critique et croyant sur nos propres cultures. Chaque culture porte de vraies richesses, mais aussi des limites, des conditionnements, et parfois même des idoles. La vie interculturelle devient féconde lorsque nous laissons la Parole de Dieu interroger nos manières de penser, de décider et de vivre ensemble. Demandons la grâce du discernement, afin de reconnaître ce qui vient de Dieu et ce qui relève seulement de nos logiques humaines.

Parole de Dieu — Romains 12,1-2

Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps — votre personne tout entière — en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte. Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait.

Poullart des Places

« Où je trouverai vos intérêts, je demeurerai pour les ménager ; mais où je ne trouverai que ceux du monde, je fuirai comme devant un serpent. Si j’ai le bonheur, mon Dieu, [de trouver l’état] dans lequel votre divine Providence veut que je vous serve, vous m’accorderez les grâces dont j’ai besoin pour avoir toujours présente à l’esprit l’affaire de mon salut, et pour oublier toutes les autres affaires de la vie. Je me détache, mon Dieu, de toutes les vues humaines que j’ai eues jusqu’ici dans chaque choix de vie que j’ai envisagé. »

Pertinence interculturelle : prendre un recul critique face aux normes sociales dominantes avant tout choix. En 1702, Claude Poullart des Places confiait que la « participation au Corps de Jésus » lui faisait « mépriser le monde et ses manières », qu’il se souciait peu « d’en gagner l’estime », et même qu’il cherchait parfois à « lui déplaire en allant contre ses usages ». Pour sa tonsure, il choisit « l’habit et la simplicité des ecclésiastiques les plus réformés », sans se soucier « de ce qu’on en pourrait dire ».

Réflexion — Se détacher des « vues humaines » : un discernement critique des cultures

Se détacher des « vues humaines » ne signifie pas mépriser le monde, mais exercer une critique spirituelle des logiques de pouvoir, de gloire et de réussite. Théologiquement, c’est l’œuvre du discernement des esprits : distinguer ce qui est de Dieu de ce qui est du monde au sens johannique. Une telle attitude exige la capacité d’interroger les normes implicites de son environnement social et culturel. Dans une perspective interculturelle, ce discernement est essentiel : toute culture comporte des valeurs, mais aussi des idoles. Le croyant est donc appelé à un regard critique sur sa propre culture avant d’évaluer celle des autres. Dans cette lumière, le Choix d’un état de vie devient un acte prophétique, capable de résister aux déterminismes sociaux et culturels dominants. Il nous invite à laisser l’Évangile purifier nos regards afin que notre identité soit façonnée non par les conditionnements culturels, mais par l’appel de Dieu.

Prière

Esprit Saint, toi qui éclaires les cœurs, apprends-nous à relire nos cultures à la lumière de l’Évangile. Aide-nous à reconnaître ce qui vient de toi et ce qui relève seulement de nos logiques humaines. Libère-nous des idoles cachées du pouvoir, de la réussite ou de la domination. Conduis notre communauté sur des chemins de vérité, de justice et de paix. Amen.


26 septembre — Jour 4 : oser la vérité pour construire la communion

Thème : la sincérité devant Dieu et devant nos frères et sœurs

La communion interculturelle ne se construit pas sur les apparences ou les non-dits, mais sur la vérité. Aujourd’hui, nous sommes invités à nous tenir devant Dieu tels que nous sommes, sans masque ni excuse. Cette vérité intérieure est le fondement de la confiance fraternelle. Demandons la grâce de parler et d’écouter avec un cœur sincère, capable d’accueillir l’autre dans sa fragilité comme dans sa richesse, afin que notre communauté grandisse dans une communion authentique.

Parole de Dieu — Éphésiens 4,15-20

Au contraire, en vivant dans la vérité de l’amour, nous grandirons pour nous élever en tout jusqu’à celui qui est la Tête, le Christ. Et par lui, dans l’harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux articulations qui le maintiennent, selon l’énergie qui est à la mesure de chaque membre. Ainsi le corps se construit dans l’amour. Je vous dis donc, je vous affirme dans le Seigneur : vous ne devez plus vous conduire comme les païens qui se laissent guider par le néant de leur pensée. Ils ont l’intelligence remplie de ténèbres, ils sont étrangers à la vie de Dieu à cause de l’ignorance qui est en eux, à cause de l’endurcissement de leur cœur. Ayant perdu toute sensibilité, ils se sont livrés à la débauche au point de commettre avec avidité toutes sortes d’impuretés. Mais vous, ce n’est pas ainsi que l’on vous a appris à connaître le Christ.

Poullart des Places — Sincérité et connaissance de soi

« Puisque je ne suis prévenu de rien et que rien ne me prévient, il faut que je recommence encore à examiner les inclinations et les aversions que je puis avoir pour chaque état. Rien ne me distraira dans ce saint lieu. J’y suis plus particulièrement en la présence de Dieu qu’ailleurs. Je ne dois point “déguiser” ce qui est dans mon cœur, puisque Dieu le connaît mieux que moi, et je me tromperais moi-même si je ne me parlais pas sincèrement. Je veux peser les choses au poids du sanctuaire… »

Pertinence interculturelle : la nécessité de l’honnêteté intérieure pour éviter de projeter ses propres schémas sur les autres. En 1704, Poullart des Places accueillait une quarantaine d’étudiants. Il traversait une épreuve spirituelle liée à l’épuisement physique. Pour la surmonter, il partit en retraite, relut son expérience et nota ses difficultés avec une grande lucidité. Il se confia ensuite à un directeur spirituel, partageant ouvertement ses luttes. Ce moment de vérité le conduisit à confier une partie de ses responsabilités à d’autres. Son exemple montre que l’honnêteté intérieure est indispensable à la vie interculturelle : sans elle, nous risquons de projeter sur les autres nos propres schémas, nos peurs et nos attentes.

Réflexion — La vérité sur soi, condition de la rencontre

L’appel à ne rien « déguiser » devant Dieu révèle une anthropologie théologique centrée sur la vérité du cœur. La relation avec Dieu exclut la tromperie intérieure, car Dieu connaît chacun mieux qu’il ne se connaît lui-même. Cette transparence — plus qu’une clarté intellectuelle — est essentielle au discernement spirituel et à des relations saines. Dans une perspective interculturelle, reconnaître ses peurs, ses préjugés et ses projections empêche l’altérité de devenir un écran sur lequel nous projetons nos propres ombres. Sans introspection, le dialogue risque d’être teinté de préjugés ou de malentendus. Poullart des Places nous invite à pratiquer une ascèse de la sincérité, afin de nous voir en vérité et de reconnaître l’autre dans sa singularité, sans filtres. Cette quête de transparence est indispensable à toute vraie rencontre et à la construction d’une communauté enracinée dans la confiance.

Prière

Seigneur, tu connais nos cœurs mieux que nous. Apprends-nous à nous tenir devant toi sans masque et devant nos frères et sœurs sans peur. Guéris nos silences qui blessent et nos paroles qui divisent. Donne-nous la grâce d’une parole vraie, humble et respectueuse, afin que notre communauté grandisse dans la confiance et la communion. Amen.


27 septembre — Jour 5 : accueillir la complexité de chaque personne

Thème : la lucidité anthropologique

Aujourd’hui, nous sommes invités à reconnaître que chaque personne porte en elle à la fois du bien et de la fragilité. La vie en communauté interculturelle devient difficile lorsque nous idéalisons les autres ou refusons de reconnaître leurs limites. En acceptant notre propre complexité, nous apprenons à accueillir celle des autres avec patience et miséricorde. Demandons la grâce d’un regard humble, capable de voir au-delà des imperfections et de favoriser une croissance mutuelle.

Parole de Dieu — Romains 7,18-19.22

Je sais que le bien n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans l’être de chair que je suis. En effet, ce qui est à ma portée, c’est de vouloir le bien, mais pas de l’accomplir. Je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas. (…) Au plus profond de moi-même, je prends plaisir à la loi de Dieu.

Poullart des Places — Reconnaître sa complexité personnelle

« Il faut d’abord que j’examine mon tempérament pour voir de quoi je suis capable, et que je me souvienne de mes bonnes et de mes mauvaises passions, de peur d’oublier les unes et d’être surpris par les autres. (…) Je suis un peu sanguin et beaucoup mélancolique (…) cherchant l’indépendance, et cependant esclave de la grandeur ; (…) aimant à faire l’aumône, et naturellement compatissant aux misères d’autrui ; haïssant les médisants ; respectueux dans les églises sans être hypocrite. Me voilà tout entier, et quand je jette les yeux sur ce portrait, je me trouve peint d’après nature. »

Pertinence interculturelle : la reconnaissance de l’ambivalence humaine, condition pour accueillir la complexité des autres et des cultures. Claude Poullart des Places aidait des étudiants pauvres qui, comme tout le monde, avaient des défauts et des faiblesses, mais il voyait en eux une richesse de « dispositions admirables » et de « talents » qui ne demandaient qu’à être « cultivés » pour le bien de l’Église et de tous.

Réflexion — Reconnaître sa complexité : une anthropologie non idéalisée

Cet autoportrait détaillé révèle une anthropologie profondément réaliste, marquée par la coexistence du bien et du mal dans le cœur humain. Théologiquement, une telle lucidité s’enracine dans la doctrine du péché — non comme source de culpabilité, mais comme reconnaissance d’une condition blessée. L’être humain n’est ni angélique ni totalement corrompu : il est une personne en tension, capable à la fois de générosité et de contradiction. Cette vision empêche toute idéalisation de soi ou des autres. Dans une perspective interculturelle, elle invite à reconnaître la complexité de nos identités culturelles, elles-mêmes marquées par des contradictions et des ambivalences. La vie en communauté interculturelle devient ainsi un lieu de vérité anthropologique, où l’appel de Dieu rejoint des histoires concrètes et situées, façonnées par des limites et des dons. C’est dans cette réalité partagée que chacun apprend à accueillir sa propre fragilité et celle des autres — sans naïveté, sans dureté et sans jugement.

Prière

Dieu de miséricorde, nous te présentons ce que nous sommes, avec nos forces et nos limites. Apprends-nous à accueillir notre propre fragilité et celle des autres avec patience et bienveillance. Quand la différence ou la faiblesse nous troublent, donne-nous ton regard de compassion. Que notre communauté devienne un lieu où chacun peut grandir sans être jugé, soutenu par l’amour fraternel. Amen.


28 septembre — Jour 6 : honorer la diversité des chemins

Thème : tous les états ouverts au salut

Ce sixième jour nous rappelle que Dieu agit dans la diversité des vocations, des histoires et des sensibilités. Il n’existe pas un modèle unique de sainteté ou de fidélité. Dans une communauté interculturelle, cette conviction nous aide à respecter les différences de rythme, d’expression spirituelle et de manières de servir. Demandons la grâce de reconnaître l’œuvre de Dieu chez nos frères et sœurs, même lorsqu’elle prend des formes différentes des nôtres.

Parole de Dieu — Éphésiens 4,11-13

Et les dons qu’il a faits, ce sont les apôtres, et aussi les prophètes, les évangélisateurs, les pasteurs et ceux qui enseignent. De cette manière, les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude.

Poullart des Places — Diversité des états de vie et égalité spirituelle

« Mais comme il n’y a que trois états entre lesquels on puisse choisir, il n’y a aussi que trois sortes de vocations. Il faut choisir entre l’état religieux qu’on appelle le cloître, l’état ecclésiastique qui est celui des prêtres séculiers, et le troisième état qu’on appelle le monde. Dans tous les trois, on peut se sauver comme on peut s’y damner. »

Pertinence interculturelle : refus de hiérarchiser les manières de vivre, affirmation d’une égalité fondamentale dans la diversité. Pour Poullart des Places, répondre à son propre appel était la meilleure manière de soutenir Louis-Marie Grignion de Montfort dans sa vocation : « Je vous les préparerai et vous les mettrez en œuvre. Ainsi vous serez content et moi aussi. » Les premiers montfortains sortirent tous du Séminaire du Saint-Esprit.

Réflexion — Tous les états de vie également ouverts au salut

Affirmer que l’on peut se sauver — ou se perdre — dans tous les états de vie démonte toute hiérarchie spirituelle simpliste. Doctrinalement, cela renvoie à une vision non élitiste de la sainteté, accessible dans toute condition humaine. La grâce n’est pas liée à un statut, mais à une réponse libre et fidèle. Cette perspective ouvre à une théologie de la vocation comme appel unique au sein d’une pluralité légitime. Sur le plan interculturel, elle soutient la reconnaissance des différents modes de vie et des cultures comme lieux possibles de l’action de Dieu. Dans le Choix d’un état de vie, Poullart des Places montre qu’aucune culture et aucun état de vie n’a le monopole du salut ou de la vertu.

Prière

Seigneur, tu appelles chacun de nous sur un chemin unique. Apprends-nous à respecter les rythmes, les sensibilités et les manières de vivre la foi qui ne sont pas les nôtres. Délivre-nous de la tentation d’imposer un modèle unique. Ouvre nos cœurs à la richesse de la diversité, afin que notre communauté reflète l’ampleur de ton amour et de ton appel. Amen.


29 septembre — Jour 7 : regarder au-delà des apparences

Thème : le primat du cœur

En ce jour, nous sommes invités à dépasser les jugements hâtifs fondés sur les apparences, les comportements ou les normes culturelles. La Parole de Dieu nous enseigne que Dieu regarde le cœur. Dans la vie communautaire, cette attitude nous libère des préjugés et des comparaisons. Demandons la grâce d’un regard purifié, capable de discerner la sincérité, la foi et le désir du bien au-delà des différences visibles.

Parole de Dieu — 1 Samuel 16,6-7

Lorsqu’ils arrivèrent, Samuel aperçut Éliab et il se dit : « Sûrement, c’est lui le messie, lui qui recevra l’onction du Seigneur ! » Mais le Seigneur dit à Samuel : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. »

Poullart des Places — Relativiser les signes extérieurs

« Le cilice et la soutane peuvent couvrir un cœur méchant et criminel aussi bien que la robe de l’avocat ou le justaucorps galonné du cavalier. De même, un magistrat ou un homme d’épée peuvent conserver un cœur pur et vertueux aussi bien que le plus austère solitaire et le prêtre le plus fervent. Les uns et les autres peuvent être des fripons ou d’honnêtes gens. Dieu est partout avec ces gens-là et il leur donne les grâces qu’ils méritent. On peut les mériter dans tous les états, pourvu que ce soit celui que Dieu veut. »

Pertinence interculturelle : une critique des jugements fondés sur les apparences culturelles ou symboliques. Claude Poullart des Places « rassemblait de temps en temps les petits Savoyards et leur faisait le catéchisme quand il en pouvait trouver l’occasion, persuadé que leurs âmes n’étaient pas moins chères à Jésus-Christ que celles des plus grands seigneurs, et qu’il y avait autant, sinon plus, de fruit à espérer ».

Réflexion

La mise en question de l’habit religieux ou civil comme prétendu signe de vertu s’inscrit dans la tradition biblique qui démasque les illusions fondées sur les apparences. Théologiquement, Dieu regarde le cœur, non les signes extérieurs. Cette perspective conteste toute sacralisation des formes extérieures — religieuses, sociales ou culturelles. Dans une perspective interculturelle, ce passage est fondamental : il met en garde contre les jugements hâtifs fondés sur des codes, des symboles ou des pratiques visibles. Il invite à une compréhension plus profonde des autres, attentive à l’intention et à la conscience plutôt qu’à la simple conformité extérieure.

Prière

Seigneur Jésus, toi qui regardes le cœur et non l’apparence, purifie notre regard sur les autres. Libère-nous des préjugés, des jugements hâtifs et des comparaisons. Donne-nous la grâce de reconnaître en chaque frère et sœur un don pour la communauté, même lorsque ses manières nous déconcertent. Que notre regard devienne source de paix et non de division. Amen.


30 septembre — Jour 8 : surmonter les résistances et les peurs

Thème : le passage et la conversion

La vie interculturelle comporte des renoncements, des pertes et parfois des souffrances. Ce huitième jour nous invite à reconnaître nos résistances intérieures : la peur de perdre nos repères, les attachements affectifs ou culturels, le désir de sécurité. En offrant ces résistances à Dieu, elles peuvent devenir des lieux de conversion. Demandons la grâce de persévérer dans l’appel, même lorsque le chemin nous conduit loin de notre zone de confort.

Parole de Dieu — Luc 9,61-62

« Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison. » Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »

Poullart des Places — Tension entre attirance et répulsion face à l’altérité

« Vous êtes mélancolique, rêveur, chagrin dans votre solitude, quoique vous aimiez à être seul. (…) Comment accorderiez-vous votre retraite avec la tendresse que vous avez pour ma sœur ? Vous l’aimez tendrement ; vous ne sauriez être longtemps séparé d’elle ; elle n’est pas encore établie, et elle vous est assez chère pour que vous souhaitiez que je m’intéresse à sa fortune. Mon père est âgé et laissera après lui des affaires considérables que peu de personnes autres que moi seront capables de démêler. Vous savez les obligations que j’ai au père et à la mère qui m’ont donné la vie. »

Pertinence interculturelle : mise en lumière des conflits intérieurs que provoque le passage d’un monde à un autre. Claude Poullart des Places interpréta son épreuve de 1704 comme un relâchement causé par le fait « d’avoir entrepris le soin des pauvres écoliers ». Avec l’aide de son directeur spirituel, il comprit que toute vie spirituelle connaît des temps de désolation, et que tout engagement demande à être évalué pour être renouvelé. Ce qui ne fonctionnait plus, c’était sa manière de tout gérer seul. Lorsqu’il partagea les responsabilités, la confiance revint, et une communauté formatrice naquit au service d’une communauté missionnaire — plus résistante face aux difficultés à venir.

Réflexion — Résistances intérieures et passage d’un monde à l’autre

L’analyse de l’aversion pour la vie religieuse montre que le passage d’un état à un autre implique toujours un profond bouleversement existentiel. D’un point de vue spirituel, cela nous rappelle qu’une vocation n’est pas une certitude immédiate, mais un véritable combat intérieur. Les attachements familiaux, affectifs et culturels sont des médiations ambivalentes : ils peuvent soutenir ou entraver l’appel divin. Dans une perspective interculturelle, ce passage ressemble à un processus d’acculturation, où l’entrée dans un nouvel univers symbolique provoque désorientation et résistances. Poullart des Places nous apprend que toute vocation authentique comporte un chemin de pertes autant que de gains.

Prière

Seigneur, tu connais nos peurs et nos résistances face à ce qui nous déstabilise et nous dérange. Nous te les confions aujourd’hui sans les cacher. Donne-nous le courage de traverser les passages difficiles, de lâcher ce qui nous retient, et de te faire confiance quand le chemin est incertain. Que notre communauté apprenne à avancer ensemble, soutenue par ton Esprit. Amen.


1er octobre — Jour 9 : se laisser conduire par l’Esprit

Thème : médiation et discernement communautaire

En ce dernier jour, nous méditons sur l’importance de la médiation dans la vie spirituelle et communautaire. Dieu nous parle à travers des frères, des supérieurs, des formateurs et des communautés. La vie interculturelle se construit sur l’écoute mutuelle et le discernement partagé. Demandons la grâce de reconnaître l’action de l’Esprit à travers ces médiations, afin que notre communauté devienne un lieu où chacun puisse grandir et trouver sa juste place dans la mission.

Parole de Dieu — Actes 9,17-18

Ananie partit et entra dans la maison. Il imposa les mains à Saul, en disant : « Saul, mon frère, celui qui m’a envoyé, c’est le Seigneur, ce Jésus qui t’est apparu sur le chemin que tu prenais ; ainsi, tu vas retrouver la vue, et tu seras rempli d’Esprit Saint. » Aussitôt tombèrent de ses yeux comme des écailles, et il retrouva la vue. Il se leva et il reçut le baptême.

Poullart des Places — Le besoin de médiation et d’accompagnement

« Je suis venu ici pour prendre conseil de votre divine Sagesse. Détruisez en moi tous les attachements du monde qui me suivent partout. Que je n’aie point d’autre but, dans l’état que je choisirai pour toujours, que celui de vous plaire ; et puisque, dans la situation où je me trouve, il m’est impossible de rien décider, et que je sens pourtant que vous voulez de moi autre chose que mes incertitudes, je me découvrirai, Seigneur, sans déguisement à vos ministres. Faites, par votre sainte grâce, que je trouve un Ananie qui me découvre le vrai chemin, comme il le fit à saint Paul ; je suivrai ses conseils comme vos commandements. »

Pertinence interculturelle : reconnaissance du rôle des médiateurs (facilitateurs, guides, interprètes) dans tout parcours interculturel. L’inclination de Poullart des Places pour les pauvres lui vint d’influences conjuguées : d’abord celle de sa mère, puis de son parrain Claude de Marbeuf, qui présidait le « Bureau des pauvres », celle des jésuites à travers la Congrégation de Notre-Dame, du P. Bellier, qui les envoyait servir les malades et faire le catéchisme aux orphelins, et enfin de son amitié avec Louis-Marie Grignion de Montfort, avec qui il priait et partageait un même amour des pauvres.

Réflexion — La médiation, lieu de révélation de la volonté de Dieu

Le recours à un médiateur spirituel situe le discernement dans une ecclésiologie de la médiation. Dieu ne parle pas seulement dans l’intériorité immédiate, mais à travers des figures, des paroles et la tradition. Cela préserve de l’illusion d’une inspiration purement subjective. Dans une perspective interculturelle, la médiation est essentielle : elle permet de traduire, d’interpréter et d’accompagner le passage entre des univers symboliques. Le médiateur devient un « guide », capable d’aider la personne à reconnaître l’appel de Dieu au milieu de la multitude des possibles. Pendant la formation et tout au long du ministère, nous avons besoin de tels guides — des écoutants attentifs qui nous aident à dépasser nos angoisses.

Prière

Esprit de sagesse, nous te rendons grâce pour les frères et sœurs par qui tu nous parles. Apprends-nous à écouter, à nous laisser conseiller et accompagner. Fais de notre communauté un lieu de discernement partagé, où chacun cherche non sa propre volonté, mais ce qui fait grandir notre mission commune. Conduis-nous sur les chemins que tu as choisis pour nous, au service de l’Évangile et du monde. Amen.

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« Aucune parole mauvaise ne doit sortir de votre bouche ; mais, s’il en est besoin, que ce soit une parole bonne et constructive, profitable à ceux qui vous écoutent. » (Éphésiens 4,29)

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