Homélies
Homélies dominicales des confrères spiritains à travers l’Afrique et les Îles, partagées ici pour la prière, la préparation et la réflexion. Les homélies les plus récentes apparaissent en premier.
26e dimanche du temps ordinaire, Année A — 27 septembre 2026
Homélie du Père Ayeni Ayodele — Le dimanche de la seconde chance : la puissance de la grâce !

Père Ayeni Ayodele, C.S.Sp. (traduit de l’original anglais)
Ézéchiel 18,25-28 ; Philippiens 2,1-11 ; Matthieu 21,28-32.
Chers frères et sœurs,
La « justice » est une notion délicate, et ce, à trois égards au moins. Premièrement, lorsqu’on la pousse jusqu’à sa conclusion logique sans égard pour la miséricorde, la justice peut sembler exclure la compassion et le pardon. Deuxièmement, la justice est si étroitement associée à la loi que nous en oublions parfois le Législateur lui-même. Enfin, lorsque la justice est mal comprise, son application ne tient pas compte de la faiblesse humaine, de nos imperfections et de notre nature déchue.
Aujourd’hui, Dieu nous rappelle que tout pécheur qui reconnaît ses faiblesses et ses imperfections a la possibilité d’une seconde chance. Voilà ce qu’est le « dimanche de la seconde chance » ! Il nous invite à réorienter notre esprit chrétien vers la puissance de la grâce de Dieu plutôt que de nous laisser absorber par des accusations d’injustice contre Dieu. Le message central des lectures de ce jour est que la grâce de Dieu rend la conversion possible, et que la conversion ouvre la porte à un nouveau départ.
Notre première lecture place Dieu sur le banc des accusés, comme s’il était jugé et devait justifier ses actes devant des êtres humains qui mettent en doute sa justice :
« Vous dites : “La conduite du Seigneur n’est pas la bonne.” Écoutez donc, fils d’Israël : est-ce ma conduite qui n’est pas la bonne ? N’est-ce pas plutôt la vôtre qui n’est pas la bonne ? » (Ézéchiel 18,25).
Cette attitude ne nous est pas étrangère. Individuellement et en tant que communauté chrétienne, nous mettons souvent Dieu au défi de montrer sa justice en défendant ceux que nous jugeons justes ou en intervenant contre nos ennemis. Nous supposons volontiers que nous sommes du côté de la justice et que l’autre est injuste. Rarement prenons-nous le temps de nous demander si ce n’est pas nous qui avons besoin de conversion.
Ce qui est particulièrement important dans notre première lecture, c’est que l’être humain peut changer dans un sens comme dans l’autre : un juste peut abandonner le bien et embrasser le mal, tout comme un méchant peut se détourner du mal et embrasser le bien. D’une part, Dieu avertit que le juste qui abandonne la justice et persiste dans le mal ne peut se prévaloir de sa bonté passée. D’autre part, il promet la vie au pécheur qui se détourne de sa méchanceté et pratique ce qui est juste.
Ce qui n’est pas en cause, c’est la liberté humaine : notre capacité à choisir entre le bien et le mal. Cependant, lorsque nous nous concentrons exclusivement sur les choix humains et leurs conséquences, nous risquons de perdre de vue la puissance transformante de la grâce de Dieu. L’Évangile corrige cette vision étroite en nous rappelant que la miséricorde de Dieu invite sans cesse les pécheurs à changer de vie.
Notre Évangile révèle que personne ne peut limiter la puissance de la grâce et de la miséricorde de Dieu. Aujourd’hui, Jésus annonce cette nouvelle stupéfiante : les publicains et les prostituées entrent dans le Royaume de Dieu avant ceux qui se croient justes :
« Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu » (Matthieu 21,31).
Notre Évangile ne fait pas l’éloge des pécheurs qui demeurent dans leurs péchés ; il célèbre plutôt leur disposition à se convertir et à embrasser une vie nouvelle. Il nous rappelle que nos paroles seules, qu’elles soient « oui » ou « non », ne suffisent pas. Nos actes doivent donner crédit à nos paroles.
Dans la parabole des deux fils, nous rencontrons deux réponses opposées à l’invitation du père. Le premier fils refuse d’abord d’aller travailler à la vigne de son père, mais ensuite il se ravise et obéit. Le second promet volontiers d’obéir, mais ne tient pas sa promesse.
Ces deux fils illustrent la différence entre une réponse initiale à la grâce et une réponse qui mûrit par la réflexion et la conversion. Le fils qui a dit « oui » tout de suite semblait disposé à obéir, mais sa promesse est restée lettre morte. Le fils qui a d’abord dit « non », lui, a reconsidéré sa décision et a finalement fait ce que son père lui demandait.
La leçon est claire : il ne suffit pas de dire « oui » à Dieu du bout des lèvres ; nous devons lui dire « oui » par toute notre vie. Même lorsque notre première réponse à Dieu est négative, sa grâce nous donne la possibilité de reconsidérer, de nous repentir et de faire ce qui est juste. Notre refus passé n’a pas à devenir notre réponse définitive !
Le message de l’Évangile de ce jour est que la grâce de Dieu rejoint aussi bien ceux qui se croient justes que ceux qui sont publiquement considérés comme pécheurs, à travers l’invitation à la conversion. Jésus explique :
« Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru » (Matthieu 21,32).
En d’autres termes, lorsque nous écoutons le messager de Dieu, nous sommes invités à écouter Dieu lui-même. Cependant, écouter ne suffit pas. Nous devons mettre en pratique le message qui nous est annoncé.
Dieu s’est servi du ministère de Jean le Baptiste pour lancer une invitation à la conversion. Ceux qui ont reconnu leur besoin de conversion ont écouté Jean et ont changé de vie. Les grands prêtres et les anciens, en revanche, ont refusé de le croire, même après avoir vu la réponse des publicains et des prostituées.
Le ministère de la prédication et de l’évangélisation est donc fondamentalement un ministère qui consiste à offrir la grâce de Dieu aux autres. Chaque annonce de l’Évangile offre aux pécheurs l’occasion de se repentir, de recevoir le pardon et de recommencer. Prêcher ne consiste pas simplement à condamner le péché ; c’est annoncer la possibilité du salut par la grâce transformante de Dieu.
L’audace d’accuser Dieu d’injustice, présentée dans notre première lecture, et la suffisance des grands prêtres et des anciens dans l’Évangile révèlent deux manières de résister à la Parole de Dieu qui nous appelle à la conversion. Premièrement, nous pouvons nous estimer suffisamment saints et ne voir aucun besoin de conversion. Deuxièmement, nous pouvons être tellement occupés à juger la manière dont Dieu traite les autres que nous ne reconnaissons pas notre propre besoin de sa miséricorde.
La bonne nouvelle, cependant, c’est que personne n’est hors de portée de la grâce de Dieu !
Chaque jour, la grâce de Dieu soutient les justes dans leur persévérance dans le bien et invite les pécheurs à abandonner leurs mauvaises voies. Ce qui compte, c’est notre disposition à coopérer avec cette grâce. Nous pouvons lui résister par l’orgueil et la suffisance, ou l’accueillir par l’humilité, la réflexion et la conversion.
C’est précisément là que notre deuxième lecture fixe le programme de notre vie chrétienne :
« Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres » (Philippiens 2,3-4).
L’humilité nous permet d’écouter ce que le Seigneur nous dit en toute circonstance. Elle nous aide aussi à reconnaître que nous ne valons pas mieux que ceux que nous condamnons si facilement.
Par exemple, lorsque nous souffrons à cause de notre foi, nous ne devrions pas nous mettre à faire pleuvoir des malédictions sur ceux que nous considérons comme des pécheurs ou des méchants. Nous aussi, nous sommes des pécheurs qui avons besoin de la miséricorde de Dieu. Lorsque nous estimons humblement les autres supérieurs à nous-mêmes, nous reconnaissons leur dignité, nous devenons disposés à les écouter et nous admettons qu’eux aussi sont dignes de recevoir la grâce de Dieu.
Les grands prêtres et les anciens n’ont pas su répondre à la grâce offerte par la prédication de Jean le Baptiste, parce que leur suffisance les empêchait de reconnaître leur besoin de conversion. Leur problème n’était pas que la grâce de Dieu leur était inaccessible, mais qu’ils refusaient d’y répondre.
En effet, l’humilité est essentielle pour accueillir la grâce de Dieu. Elle nous permet de reconnaître nos faiblesses, de confesser nos péchés et de reconnaître notre dépendance à l’égard de Dieu.
Jésus-Christ lui-même nous donne l’exemple suprême de l’humilité. Comme nous le rappelle la deuxième lecture, lui qui était de condition divine s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, et s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
Par son humilité et son obéissance, le Christ a accompli notre salut. Sa mort sur la croix révèle la profondeur incommensurable de l’amour et de la miséricorde de Dieu envers l’humanité pécheresse. Si le Fils de Dieu s’est abaissé pour notre salut, comment pourrions-nous, nous qui sommes pécheurs, refuser de nous humilier devant Dieu ?
La croix du Christ est la révélation suprême de la grâce de Dieu, et l’humilité ouvre notre cœur pour accueillir cette grâce comme le don gratuit du salut.
Oui, aujourd’hui est le « dimanche de la seconde chance », une occasion pour chacun de nous de faire à nouveau l’expérience de la puissance transformante de la grâce de Dieu. Mais sommes-nous prêts à saisir cette occasion ?
Si les publicains et les prostituées entrent dans le Royaume de Dieu par la conversion, qu’en est-il de vous et de moi ? Sommes-nous disposés à reconnaître nos péchés, à changer de conduite et à accepter l’invitation de Dieu à un nouveau départ ?
Nous avons besoin d’une conception de la justice qui n’exclut pas la miséricorde et le pardon de Dieu. Nous avons besoin d’une conception de la justice qui reconnaisse Dieu comme le Législateur suprême, dont la justice n’est jamais séparée de sa sagesse et de son amour. Surtout, nous avons besoin d’une conception de la justice qui reconnaisse la faiblesse humaine et notre nature déchue, tout en inspirant confiance en la puissance de Dieu qui pardonne et qui sauve.
La grâce de Dieu ne rend pas le péché acceptable ; elle rend possibles la conversion et un nouveau départ. Sa miséricorde n’abolit pas la justice ; elle nous appelle plutôt à nous détourner du mal et à embrasser la justice à laquelle il nous invite.
Notre confiance en la grâce de Dieu repose sur l’assurance que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs (Romains 5,8). Comme Jésus lui-même le déclare, il est venu appeler les pécheurs à la conversion (Luc 5,32).
C’est pourquoi, peu importe combien de fois nous avons dit « non » à Dieu, aujourd’hui nous offre une nouvelle occasion de lui dire « oui » par nos actes. Peu importe jusqu’où nous nous sommes éloignés de lui, sa grâce continue de nous inviter à rentrer à la maison.
Le premier fils de l’Évangile de ce jour nous enseigne qu’un mauvais départ ne détermine pas forcément notre destination finale. Ce qui compte, c’est notre disposition à reconsidérer nos choix, à changer de conduite et à faire la volonté de notre Père céleste.
En célébrant ce dimanche de la seconde chance, souvenons-nous que la grâce que nous avons reçue est aussi la grâce que nous devons offrir aux autres. Nous ne pouvons pas célébrer la miséricorde de Dieu envers nous tout en refusant aux autres la possibilité de se repentir et de recommencer.
Que Dieu nous accorde l’humilité de reconnaître nos péchés, le courage de changer de conduite et la générosité d’accueillir ceux qui cherchent une seconde chance.
La question aujourd’hui n’est pas de savoir si Dieu est disposé à nous donner une seconde chance, mais si nous sommes disposés à accueillir sa grâce et à faire fructifier cette seconde chance !
Amen.
Devoir de la semaine
Choisissez une personne que vous considérez comme un frère ou une sœur pécheur et priez pour elle chaque jour de la semaine. Demandez à Dieu de vous accorder, à tous les deux, la grâce de la conversion, du pardon et d’un nouveau départ.
Souvenez-vous : nous sommes tous des pécheurs qui avons besoin de la grâce de Dieu, et personne n’est hors de portée de sa miséricorde !
Homélie du Père Louison Emerick Bissila Mbila — Dieu ne nous a pas créés comme des machines ou des logiciels préprogrammés

Père Louison Emerick Bissila Mbila, C.S.Sp.
Ézéchiel 18,25-28 ; Psaume 24 (25) ; Philippiens 2,1-11 ; Matthieu 21,28-32.
Chers frères et sœurs,
1. Il nous arrive souvent de concevoir l’omniscience de Dieu en ces termes : « Dieu sait tout. Puisqu’il sait tout, il connaît le passé, le présent et l’avenir. Il sait donc qui sera sauvé et qui est déjà condamné. Si tel est le cas, pourquoi nous tracasser ? S’il est établi que je serai condamné à vivre séparé de Dieu pour l’éternité, pourquoi faire des efforts, pourquoi venir à la messe ? Ne serait-il pas préférable de profiter de l’existence ? »
Les lectures d’aujourd’hui nous révèlent le Dieu vivant et vrai, l’Unique, non celui issu de l’imagination humaine. Le Dieu qui se manifeste dans l’Écriture ne nous a pas créés comme des machines ou des logiciels préprogrammés. Il nous a créés libres, capables de changer. En somme, rien n’est joué d’avance. Autrement, nous perdrions notre temps à vouloir marcher sur le chemin de la justice et de la sainteté si notre sort était déjà scellé.
2. Dieu nous a faits pour la vie, une vie qui ne se limite pas à ce monde. Il désire que tous, les bons comme les méchants, puissions vivre éternellement avec lui. Dans la première lecture, la surprise réside surtout dans ce que Dieu dit du méchant. Habituellement, on penserait que Dieu veut la perdition du méchant, et c’est tout. Mais non ! Le Seigneur pose aussi sur lui un regard de miséricorde. Dieu n’aime pas le mal, mais il aime la personne et veut qu’elle vive. Comment ? En se convertissant. En même temps, Dieu encourage celui qui fait le bien à persévérer jusqu’à la fin. Si le méchant se détourne de sa mauvaise conduite, il vivra. Mais si le juste se détourne de sa justice, il mourra. L’être humain est capable de changer, pour le meilleur comme pour le pire, mais Dieu veut que ce soit pour le meilleur.
3. Dans l’Évangile, Jésus poursuit le même thème que le prophète Ézéchiel. Cette fois-ci, il s’adresse à une catégorie d’hommes qui croient n’avoir pas besoin de se convertir : les prêtres et les anciens. Saint Matthieu nous rapporte que Jésus leur adresse spécifiquement la parabole des deux fils. Il y a un fils qui commence mal et finit bien, de même qu’il y en a un qui commence bien et finit mal. Le premier fils avait refusé d’aller travailler à la vigne de son père. Mais après, en revenant à lui-même, il décide d’y aller. Par rapport à la première lecture, il s’agit de la situation du méchant, celui qui avait dit non à Dieu par sa manière de vivre mais qui, par la suite, se convertit et revient au Seigneur. C’est pour Jésus le cas des publicains et des prostituées. Lorsque ces personnes ont entendu le message de conversion du Royaume de Dieu, elles ont changé de mode de vie.
Cependant, il y a le second fils, qui avait dit oui et qui finalement n’a rien fait. Il avait bien commencé mais pour mal terminer. Il nous rappelle, dans la première lecture, la situation du juste qui se détourne du bon chemin. Et Jésus avertit les prêtres et les anciens du peuple qu’ils sont dans cette situation à cause de leur refus de se convertir. C’est alors qu’il leur adresse cette parole choc que nous venons d’entendre : « Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume des cieux ».
4. Jésus encourage-t-il les publicains et les prostituées dans leurs mauvaises pratiques ? Bien sûr que non. En réalité, si nous suivons la logique de la parabole, le Christ fait référence aux publicains et aux prostituées repentis. Il est vrai que pour les gens, pour ces prêtres et ces anciens, ce ne sont ni plus ni moins que des publicains et des prostituées. Mais pour le Seigneur, il s’agit de personnes renouvelées sur la route du salut. Ces personnes considérées comme détestables sont présentées comme des modèles de coopération avec la grâce divine.
5. Pour nous aujourd’hui, retenons que nous serons jugés sur nos actes et non sur nos belles paroles. Ce qui compte, c’est de faire la volonté de Dieu. Ce ne sont pas même les belles paroles que nous professons, même si elles ont leur importance. Combien de promesses avons-nous faites et qui ne sont pas respectées ? Il ne suffit pas, par exemple, d’avoir dit ceci ou cela le jour de son mariage. Il faut le faire, dans le meilleur comme dans le pire, dans la santé comme dans la maladie.
6. Enfin, le Seigneur notre Dieu ne nous enferme pas dans le passé, quel que soit ce que nous avons commis. Le Christ nous libère de l’esclavage du passé. La pire des insultes à sa miséricorde, c’est de croire que ce que nous avons fait est trop grand pour elle. De la même manière, n’enfermons pas les autres dans leur passé. Il y a des personnes, même après avoir confessé leurs péchés, reçu l’absolution et accompli leur pénitence, qui ne croient pas avoir été pardonnées par Dieu. Cela montre qu’elles sont encore prisonnières du passé. Le Christ Jésus nous tend la main pour nous libérer de toutes nos prisons, y compris la prison de l’existence qui nous enferme dans les cellules du passé. Allons-nous saisir l’opportunité qui nous est offerte ? Amen.
25e dimanche du temps ordinaire, Année A — 20 septembre 2026
Homélie du Père Ugochukwu Ikwuka — Tout ce que nous recevons vient essentiellement de la grâce de Dieu

Père Ugochukwu Ikwuka, C.S.Sp., Supérieur Provincial de la Province Spiritaine Britannique.
Isaïe 55, 6-9 ; Philippiens 1, 20c-24.27a ; Matthieu 20, 1-16a.
Chers frères et sœurs,
Arrivé à la fin d’un entretien d’embauche, le responsable des ressources humaines demande au jeune ingénieur fraîchement diplômé : « Et quel salaire de départ recherchiez-vous ? » Le candidat répond : « Dans les environs de 125 000 dollars par an, selon les avantages proposés. » L’intervieweur demande alors : « Eh bien, que diriez-vous d’un forfait comprenant cinq semaines de congés, 14 jours fériés payés, une couverture médicale et dentaire complète, une contribution de l’entreprise à votre retraite équivalente à 50 % du salaire, et une voiture de fonction louée tous les deux ans – disons, un Range Rover Sport ? » Le jeune ingénieur se redresse et s’exclame : « Waouh ! Vous plaisantez ? » Et l’intervieweur répond : « Oui, mais c’est vous qui avez commencé. »
Nous avons une parabole très curieuse dans l’Évangile de ce dimanche. Un propriétaire terrien embauche des ouvriers à différentes heures de la journée pour travailler dans sa vigne. Mais, à la fin de la journée, il les paie tous le même salaire. Bien que les premiers ouvriers aient reçu la somme convenue, ils ressentent une certaine injustice et murmurent. Pourquoi ceux qui n’ont travaillé qu’une heure ou deux devraient-ils être payés autant que ceux qui ont travaillé huit ou dix heures ? Cela va à l’encontre des règles rationnelles de l’échange. Jésus lui-même n’a-t-il pas dit ailleurs que l’ouvrier mérite son salaire ? (Luc 10, 7).
Cette façon de penser reflète notre sens de la justice, habituellement fondé sur ce que nous croyons mériter. Mais, à y réfléchir, que méritons-nous vraiment ? Méritons-nous d’avoir de belles maisons, des voitures, des vêtements, des jouets, etc. ? Vous pourriez penser : « Oui ! » Après tout, vous travaillez dur pour les obtenir. Mais méritez-vous d’avoir l’emploi qui vous permet de travailler et d’avoir ces choses ? Là encore, vous pourriez penser : « Oui ! » Vous méritez d’avoir un bon emploi, après tout, vous avez étudié longtemps pour être qualifié ou vous avez gravi les échelons à force de travail pour arriver où vous êtes aujourd’hui.
Mais méritez-vous l’opportunité d’avoir fréquenté cette bonne école ou d’avoir progressé dans votre carrière ? Vous pourriez tout aussi bien penser : « Oui ! » Vous méritez d’avoir eu l’opportunité d’une bonne éducation, après tout, vous êtes, par exemple, britannique ou originaire d’un endroit comparable, où règnent la liberté et la paix, où chacun mérite de telles opportunités. Mais qu’est-ce qui vous fait penser que vous méritez d’être britannique ou d’une nationalité comparable, plutôt que d’être né dans l’un des points instables du monde – Gaza, le Congo, ou les bidonvilles de l’Inde ? Pensez-vous que ce ne sont pas des êtres humains comme vous qui sont nés et vivent dans ces endroits ? Qui a jamais eu une part de responsabilité dans les circonstances de sa naissance, lesquelles déterminent pourtant de manière significative les opportunités de la vie ?
Oui, nous pourrions nous bercer d’illusions avec la liste de ce que nous croyons mériter, mais en tant que pécheurs, ce que nous méritons vraiment, c’est la mort, qui est le salaire du péché (Romains 6, 23). Pourtant, comme les ouvriers arrivés tard, nous n’avons pas reçu ce que nous méritions. Nous avons reçu la miséricorde à la place ; c’est cela, la grâce. La grâce est ce seul article de foi propre au christianisme. Elle implique qu’à strictement parler, nous ne méritons rien. Tout ce que nous recevons vient essentiellement de la grâce de Dieu. Nous n’avons donc aucune raison de parler d’injustice ou de penser que la grâce ne pourrait pas être également accordée avec générosité à d’autres, quelle que soit la modestie de leur contribution.
Or, l’ironie, c’est que la justice est précisément au cœur de la parabole. Mais l’idée que Dieu se fait de la justice est bien différente de la nôtre. Comme le souligne justement la première lecture, les voies de Dieu ne sont pas nos voies, et ses pensées ne sont pas nos pensées. Pour que tous comprennent bien cette leçon, le propriétaire de l’Évangile ordonne que le paiement commence par le dernier groupe, ce qui fait que tous ceux du premier groupe, qui avaient travaillé toute la journée, voient ceux qui n’avaient travaillé qu’une heure recevoir le salaire d’une journée complète. Ils apprennent ainsi que, pour Dieu, la justice ne se mesure pas selon le rendement ou la contribution individuelle, mais selon le besoin. Et tous ont les mêmes besoins fondamentaux dans la vie. Tous, qu’ils soient arrivés tôt ou tard, ont exactement le même besoin de la miséricorde de Dieu et de son amour, et chacun les reçoit en plénitude.
La parabole s’adresse particulièrement aux Juifs, qui se considéraient à juste titre comme le Peuple élu de Dieu, mais qui, au lieu de réaliser que « travailler » dans la vigne du Seigneur est une joie et un privilège, en sont venus à le considérer comme une sorte de devoir pénible, méritant donc une plus grande récompense que ceux qui viennent à la foi plus tard. Nous aussi, chrétiens de toute une vie qui avons essayé pendant de longues années de vivre à la hauteur des exigences de l’Évangile, pouvons de la même manière juger injuste qu’une personne ayant mené une vie terriblement immorale puisse se convertir à la dernière minute et mourir dans l’amour de Dieu.
Pensons, par exemple, à Marie et à tout ce qu’elle a traversé à cause de sa fidélité à Dieu ; depuis l’embarras d’une grossesse inexplicable, la vie exigeante s’est poursuivie jusqu’au pied de la Croix. Puis, alors qu’elle se tenait là, au pied de la croix, un criminel condamné fait un acte de foi de dernière minute et se voit promettre le paradis. Cela ne semble ni juste ni équitable, du moins selon nos critères. Mais considérer les choses ainsi signifie que nous voyons le fait de vivre selon les exigences de l’Évangile ou la fidélité à Dieu comme une souffrance, ce qui est ironique et, en vérité, regrettable. C’est celui qui vit une vie fondée sur les valeurs évangéliques de vérité, d’amour, de générosité, de partage et de justice qui connaît le vrai bonheur.
La vie de péché et d’immoralité, en revanche, est souvent fondée sur une recherche vaine du bonheur. Nous devrions donc être reconnaissants que notre Dieu ait une mémoire notoirement courte en ce qui concerne notre passé et qu’il soit prêt à nous accueillir de nouveau à tout moment, même à la onzième heure, dès lors que nous exprimons le regret de nos péchés et le désir d’être réunis à lui dans l’amour. En fin de compte, la grâce signifie que personne n’est trop mauvais pour être sauvé. Mais elle signifie aussi que certaines personnes peuvent être trop bonnes à leurs propres yeux pour être sauvées, c’est-à-dire qu’elles peuvent avoir une si haute opinion d’elles-mêmes qu’elles pensent ne pas avoir besoin de la grâce de Dieu. La grâce de Dieu ne peut vous venir en aide que si vous êtes disposé, dans l’humilité, à la recevoir.
La grâce est ce seul article de foi propre au christianisme. Elle implique qu’à strictement parler, nous ne méritons rien. Tout ce que nous recevons vient essentiellement de la grâce de Dieu.
Homélie du Père Ayeni Ayodele — L’Évangile de la Grâce : il n’est jamais trop tard pour le salut

Père Ayeni Ayodele, C.S.Sp.
Isaïe 55, 6-9 ; Philippiens 1, 20c-24.27a ; Matthieu 20, 1-16a.
Chers frères et sœurs,
Aujourd’hui, la prophétie d’Isaïe nous oriente vers les temps messianiques, où les dons de Dieu sont offerts gratuitement : ni paiement ni carte de crédit nécessaires ! Pour tous ceux qui doutent de leur salut parce qu’ils se considèrent comme pécheurs, et pour ceux qui se demandent encore comment Dieu peut sauver un monde pécheur, nous avons aujourd’hui une réponse : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies, dit le Seigneur. Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées. »
Selon les lectures de ce jour, l’une des grandes différences entre Dieu et les êtres humains est la GRÂCE. Dieu nous donne gratuitement. Sa générosité dépasse nos calculs sur ce que les gens méritent. Dieu est parfaitement juste, mais sa justice n’est jamais séparée de sa miséricorde, de sa générosité et de son désir de sauver. La grâce nous rappelle que le salut est d’abord et avant tout un don de Dieu, et non quelque chose que nous gagnons ou achetons.
Lorsque le peuple juif se trouvait à Babylone, la possibilité du salut et de la rédemption était constamment sur ses lèvres et dans son cœur. Il aspirait à la liberté, mais ne pouvait se la procurer par lui-même. Il avait besoin d’un sauveur ; il avait besoin de la grâce. Ses péchés lui sautaient au visage, tandis que les conséquences de l’exil et de l’humiliation demeuraient constamment devant lui.
C’est précisément lorsque les êtres humains découvrent leur impuissance que Dieu révèle quelque chose d’extraordinaire sur lui-même. Dieu vient à nous comme grâce — grâce pour le salut et la rédemption. Comme c’est si souvent le cas dans l’Écriture, Dieu apporte un message d’espérance à un peuple qui a presque perdu espoir, et il demeure fidèle à ses promesses.
Pour nous, chrétiens, c’est dans la personne de Jésus-Christ que nous voyons l’espérance proclamée par Isaïe parvenir à son accomplissement. L’humanité a attendu des siècles pour voir la promesse de la rédemption pleinement révélée dans le Christ.
Les ouvriers qui attendent dans l’Évangile de ce jour nous rappellent cette attente. Tout comme le peuple juif ne pouvait se racheter lui-même, les ouvriers de l’Évangile ne pouvaient s’employer eux-mêmes. Ils avaient besoin que quelqu’un vienne les chercher.
Imaginons la honte et l’humiliation vécues aujourd’hui par des personnes qui ne trouvent pas de travail, alors même qu’elles sont qualifiées et désireuses de travailler. Imaginons l’angoisse de ne pouvoir nourrir ses enfants, ou la frustration de rester dépendant de ses parents même à l’âge adulte. Le chômage peut priver les gens non seulement de revenus, mais aussi de confiance, de dignité et d’espoir. Pensons aussi aux difficultés économiques et au manque d’opportunités qui contribuent à la migration dans de nombreuses régions du monde, y compris en Afrique. Derrière les statistiques se trouvent des êtres humains bien réels, à la recherche d’une vie meilleure.
Dans la parabole de ce jour, le propriétaire sort à plusieurs reprises pour appeler des ouvriers dans sa vigne à différentes heures de la journée. Jésus connaissait certainement les exigences ordinaires de justice entre employeurs et employés. Il connaissait l’importance du temps, du travail et de l’effort. Pourtant, dans la parabole, ceux qui sont arrivés en dernier ont reçu le même salaire journalier que ceux qui avaient travaillé depuis le début.
C’est ici que nous commençons à comprendre les paroles d’Isaïe : les voies de Dieu ne sont pas nos voies.
La parabole n’est pas avant tout une leçon sur les contrats de travail ou la politique économique. Elle révèle quelque chose du Royaume de Dieu. La générosité du propriétaire renvoie à la générosité de Dieu. Le salut n’est pas un salaire calculé selon le nombre d’heures travaillées. C’est un don. Aucun être humain ne peut acheter le salut, et personne ne peut mettre Dieu en dette envers lui.
Voilà l’Évangile de la Grâce.
Ceux qui sont venus à la première heure ont reçu ce qui leur avait été promis. Ceux qui sont venus à la dernière heure ont reçu une générosité bien au-delà de ce qu’ils pouvaient espérer. Le propriétaire pose une question percutante : « Ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ? » Cette question nous est également adressée.
Puis-je me réjouir lorsque Dieu se montre généreux envers une autre personne ? Puis-je me réjouir lorsque quelqu’un qui a vécu loin de Dieu revient vers lui ? Puis-je accueillir le pécheur qui se repent après tant d’années ? Ou est-ce que je pense secrètement mériter davantage parce que je suis fidèle depuis plus longtemps ? La grâce met à l’épreuve notre tendance à nous comparer aux autres.
Saint Paul nous enseigne comment répondre à cette grâce : « Menez une vie digne de l’Évangile du Christ. » L’Évangile de la grâce, c’est le salut que l’humanité a gratuitement reçu de Dieu. Lorsque nous nous confions entièrement à Dieu, notre compréhension même du temps commence à changer. Dieu est le Seigneur du temps.
C’est pourquoi il n’est jamais trop tard pour le salut. Tant que Dieu continue d’appeler, l’espérance demeure. L’ouvrier appelé à la dernière heure est tout de même accueilli dans la vigne. Le pécheur qui se tourne vers Dieu tard dans sa vie est tout de même invité à recevoir la miséricorde. La grâce signifie que notre passé n’a pas le dernier mot ; c’est Dieu qui l’a.
Dans la logique de saint Paul, lorsqu’une personne appartient au Christ, le Christ devient le sens ultime de la vie. Paul déclare : « Pour moi, vivre, c’est le Christ, et mourir représente un gain. »
Pour vous et moi, le Seigneur continue d’appeler à chaque heure de notre vie, tout comme le propriétaire n’a cessé de retourner sur la place pour inviter davantage d’ouvriers dans sa vigne. Chaque appel de Dieu est une invitation à recevoir de nouveau le don du salut gagné pour nous par le Christ.
L’heure à laquelle les ouvriers sont arrivés ne les a pas empêchés de recevoir la générosité du propriétaire. De même, le moment de la vie où une personne répond au Christ ne la place pas hors de portée de la grâce de Dieu. Cette vérité devrait aussi changer notre regard sur les autres.
Nous sommes initiés à la justice selon Dieu — une justice inséparable de la miséricorde. Au lieu de condamner le pécheur, nous espérons et prions pour sa conversion et son salut. Au lieu de devenir jaloux lorsqu’une autre personne reçoit la grâce, nous nous réjouissons parce que la miséricorde de Dieu a atteint un autre être humain.
Nous sommes donc invités à apprendre deux choses : la patience et l’amour. La patience, en attendant que la grâce de Dieu agisse dans la vie des autres. L’amour, en refusant de renoncer à quiconque.
Peut-être y a-t-il quelqu’un que vous avez déjà jugé irrécupérable. Peut-être y a-t-il quelqu’un dont vous avez dit : « Cette personne ne changera jamais. » L’Évangile de ce jour nous demande de laisser une place à la grâce.
Le propriétaire est sorti le matin. Il est sorti de nouveau à neuf heures. Il est sorti à midi. Il est sorti à trois heures. Et, chose étonnante, il est sorti encore à cinq heures. Dieu ne cesse de sortir à notre recherche.
Voilà la bonne nouvelle de ce jour : tant que Dieu appelle encore, il n’est jamais trop tard.
Devoir de la semaine
Envoyez un mot d’encouragement à quelqu’un que vous connaissez et qui traverse une période difficile. Rappelez à cette personne, par vos paroles ou vos actes, qu’il y a toujours une raison d’espérer.
